Versailles, une pédagogie chère payée

C’est la troisième fois depuis 2008 qu’un président prononce un discours devant les élus à Versailles. Ces discours ont un prix logistique parfois à défaut d’avoir une valeur idéologique. Et ont normalement un but : éclairer la tournure que prendrait un quinquennat.

Le discours de Nicolas Sarkozy sur la réforme constitutionnelle en 2009, estimé à 600.000€ par l’opposition avait déjà suscité la polémique. Robert Badinter avait d’ailleurs lâché une pique à ce sujet sur France Inter estimant que « Si le discours de Nicolas Sarkozy dure cinquante minutes, cela coûtera près de 5.000€ la minute. Certainement l’éloquence la plus chère que je connaisse. »

Le 16 novembre 2015, à la suite des attentats de Paris, François Hollande s’était lui aussi exprimé. Le budget de ce congrès low cost était d’environ 200.000€. Notons que certains élus s’étaient même plaints de n’avoir qu’une bouteille d’eau pour tout rafraîchissement. Le discours d’Emmanuel Macron de juillet 2017 largement critiqué par une partie de la presse et de l’opinion pour n’avoir que confirmé des promesses de campagne pourrait avoir coûté près de 500.000€. Le présidentialisme a-t-il un prix ?

En effet, quelles étaient les annonces fortes du discours d’Emmanuel Macron ? Après trente minutes passées à évoquer les ressorts de son élection : « Les Français ont fait le choix d’un pays qui repart de l’avant », les priorités évoquées n’avaient rien de nouveau. Elles étaient déjà présentes dans son livre Révolution ou dans son programme de mars 2017. Réduction d’un tiers des parlementaires, processus législatif simplifié, levée de l’état d’urgence, etc.

Entre expressions vagues « retrouver de l’air, de la sérénité, de l’allant », répétitions et évitement de certains sujets cruciaux, n’avons-nous pas assisté à un énième discours de campagne ? À la lumière du prix de cette messe républicaine et de la menace d’une forte mobilisation sociale à l’automne, n’étions-nous pas en droit d’attendre une parole politique nouvelle et forte ? Notons que ce coûteux exercice pédagogique mis en avant par le gouvernement devrait désormais se reproduire une fois par an.

Article & Photo : Clara Matet, ©Dominique Barrier