Vaincre Macron par Bernard Friot

Bernard Friot est un sociologue, professeur émérite à Paris Nanterre et militant communiste. Il développe depuis plusieurs années ses thèses autour du salariat dans ses livres, conférences ou articles du Monde Diplomatique et publie fin 2017 Vaincre Macron.

Comme son titre l’indique, Vaincre Macron est un ouvrage destiné aux militants politiques. Pour l’auteur, ces derniers doivent cesser de s’opposer aux réformes successives du code du travail, des retraites, de l’Université ou de la fonction publique ; en remplaçant ces luttes défensives par une promotion offensive d’un contre-modèle. Le contre-modèle en question étant selon Friot précisément situé : le « déjà-là » des institutions communistes que sont le secteur de la santé et la fonction publique. Communistes, car gérées par les collectifs de travail, et financées par les travailleurs via la cotisation sociale. Communistes car adaptées à la gestion du « commun » qu’est l’outil de travail.

Ainsi, pour Friot, il ne faut pas se battre pour un meilleur partage de la valeur, il faut se battre pour le pouvoir de définir la valeur. La bourgeoisie arbitre en effet entre ce qui est productif et ce qui ne l’est pas. Ainsi, garder ses propres enfants est improductif dans le sens où ce travail n’est pas compté dans le PIB, alors que l’activité d’un assistant maternel l’est.

Bernard Friot fustige ainsi nombre de luttes concrètes, comme celles pour un meilleur partage du temps de travail ou de la valeur ajoutée. De même ainsi, le revenu universel de Benoît Hamon (nommé dans le livre) n’émancipe pas des chaînes de la bourgeoisie. En effet, ce revenu universel est fondé sur l’idée que le travail se raréfierait. Cela peut être vrai du travail abstrait, c’est-à-dire de l’emploi, si la bourgeoisie le décide, mais ce n’est pas vrai du travail concret, c’est-à-dire de toutes les activités humaines possibles. Il y a un grand besoin de travail pour mener à bien la transition écologique, par exemple. De même, le compte personnel d’activité (CPA) ne libère pas de la contrainte du capital car il lie les droits d’une personne à son emploi (passé), dont les conditions dépendent du marché (du travail) sur lequel elle n’a pas prise. Or, pour valoriser les personnes dans leurs activités et les détacher du souci de l’emploi, il faut attacher les droits directement à la personne et à sa qualification.

Bernard Friot se propose ainsi de créer un salaire à vie, en étendant à la production marchande le principe de la cotisation sociale, en vigueur dans une partie de la production non marchande. Ainsi serait institutionnalisé le principe que toute valeur n’est pas marchande.

Article & Photo : Guillaume Pelloquin, ©Arno Mikkor