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Vaincre le FN, mode d’emploi

Le FN n’est pas la cause, il est la conséquence. S’il est un sujet, et un seul, qui unit la classe politique républicaine, c’est celui de la lutte contre le FN. Nul se saurait remettre en question le bienfondé de cette pensée et l’importance d’éteindre chaque réminiscence du fascisme en France. Mais pour supprimer un arbre, il ne suffit pas de couper les branches, il faut enlever les racines.

L’élan nationaliste qui porte l’extrême droite en France à des cimes jamais atteintes auparavant n’est pas la cible. Pour l’anéantir, il faut anéantir ce qui le provoque. Ne confondons pas les victimes et les coupables. L’exil massif de l’électorat ouvrier, par exemple, est causé par le mirage bleu marine qui s’est emparé de leur déception. Le FN s’est fait maître dans l’art de récupérer les déboussolés. D’abord parce qu’il n’a jamais exercé le pouvoir et que les critiques qui lui sont adressés se fracassent souvent sur cet argument. Ensuite parce qu’il a su devenir dicteur, ou dictateur, des débats publics.

L’immigration a été, par exemple, érigée en problème, d’abord, prioritaire, ensuite. Et les grands médias d’ouvrir les débats aux élections par trente minutes sur le sujet, quand l’écologie, par exemple, doit se contenter de deux minutes dans le temps additionnel. Le FN a su convertir des faits sociaux en problèmes nationaux, catalysant les débats, cristallisant leur issue. Une large frange de ses électeurs se s’est retrouvée happée par ces mécanismes et dupée par des discours qui s’intéressaient à eux. Ce ne sont pas contre eux que doivent se diriger les combats, mais contre ceux qui les ont obligé à choisir.

Si le FN a prospéré, c’est parce que les partis de gouvernement se sont détournés de leur électorat, oubliant qu’ils n’étaient que des représentants, des masques dont les électeurs étaient les visages. La hausse continue des inégalités est l’un des facteurs à l’origine de l’essor du FN. Ce sont ceux qui portent ces hausses qui doivent être désignés comme les coupables, non pas le FN, mais ceux qui le font prospérer. Cibler l’extrême droite à chaque intervention médiatique ne fait qu’étendre son foyer et le conforter dans sa position de seule alternative.