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Un avenir pour Nuit Debout ?

Depuis le 31 mars 2016, des milliers de personnes se rejoignent place de la République et dans de nombreuses autres villes pour y débattre de la vie politique française, mais aussi pour y donner son avis, s’exprimer et s’écouter, formant Nuit Debout.

D’où vient Nuit Debout ? Le mouvement semble naître lors d’une soirée organisée le 23 février 2016 par François Ruffin, rédacteur en chef du journal engagé très à gauche Fakir et réalisateur du documentaire Merci Patron!, sorti en salle le 24 février 2016. L’idée de base était, selon F. Ruffin, de « faire converger les luttes dispersées, celle contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, celle des ouvriers de Goodyear, celle de profs contre la réforme des collèges, etc. ». Pari gagné : au cours de la rencontre est lancé le slogan « on ne rentre pas chez nous », qui deviendra plus tard « Nuit Debout ». Le mouvement ne prend son essor qu’au profit de la manifestation contre la loi travail, le 31 mars, et occupe chaque soir depuis lors la place de la République.

Nuit Debout n’est donc pas cette nébuleuse née comme par magie de la convergence des revendications des personnes qui se disent, selon le site de Nuit Debout, « ni entendues ni représentées ». Son apparition a été organisée et résulte d’un travail de communication réalisé durant la manifestation contre la loi El Khomri, notamment la distribution de tracts et la création d’un site internet.

Aujourd’hui, Nuit Debout continue de s’organiser. La place de la République est devenue un vaste forum où chacun déambule selon son bon plaisir en passant devant les stands de toutes les commissions qu’accueille le mouvement. Qu’est-ce qu’une commission ? L’idée de base de Nuit Debout est la convergence des luttes, et toutes ces luttes sont incarnées par des commissions, librement créées par qui le veut ou qui a quelque chose à revendiquer. A titre d’exemple, un porte-parole de la « commission peintres debout» revendiquait plus de reconnaissance pour sa profession, ou encore un représentant de la « commission France-Afrique » prenait la parole pour dénoncer « l’hégémonie française, économique et militaire, en Afrique ».

Alors, où va Nuit Debout ? Chacun donne son avis ou exprime ses revendications, exerçant pleinement son droit à la liberté d’expression au risque, par leurs propos, de discréditer le mouvement. Nuit Debout voulait-il prôner le fait que les policiers étaient des « criminels », des gens « malhonnêtes », « meurtriers de centaines d’Algériens balancés dans la Seine après la Seconde Guerre Mondiale » ? Nuit Debout cautionne-t-elle un appel au boycott d’Israël de la part d’une association pro-palestinienne ? Puisque tels sont les propos que l’on a pu entendre, jeudi 5 mai, en déambulant place de la République. Et tels sont les propos que certaines personnes sont venues revendiquer, au micro, devant des centaines de noctambules assis sur les dalles de la place de la République.

Là est l’un des principaux problèmes du mouvement. Lors des temps de « parole libre », chacun, à condition d’avoir inscrit son nom sur une liste, peut prendre le micro et s’exprimer haut et fort devant toute l’assemblée de Nuit Debout. Or, rien ne donne d’informations sur la personne que l’on est en train d’écouter, quelles sont ses opinions, ses orientations politiques… Tout ce qui est dit à Nuit Debout serait donc à prendre avec des pincettes.

Par ailleurs, en se voulant sans hiérarchie, représentants ni porte-parole, le mouvement risque fort de rapidement s’essouffler.  En effet pour l’instant, les questions des aspirations, des objectifs, des moyens et des principes de Nuit Debout restent sans réponse, témoignant d’un manque de cohérence dans le mouvement ou d’un manque d’efficacité dans son organisation très horizontale.

Le mouvement n’a pourtant pas abandonné la partie et cherche constamment à s’améliorer. Le dimanche 8 mai était organisée une « assemblée des propositions » dans le but de clarifier les positions, principes et grandes aspirations de Nuit Debout. Le 11 mai suivant devrait se tenir une « assemblée de consultation des commissions », pour entendre les avis des différentes commissions, et enfin le 14 mai est prévue une « assemblée des décisions » durant laquelle les propositions retenues au cours des deux dernières assemblées seront débattues et votées.

Nuit Debout s’apprête donc à relever le défi de constituer une assemblée citoyenne où chacun pourrait s’exprimer librement, sans représentants, porte-parole ni leaders. Pour certains ce n’est qu’un mouvement éphémère, pour d’autres c’est le début d’une grande vague de contestation. En tous cas si Nuit Debout veut aller plus loin, et elle semble l’avoir compris, il lui faut se réformer pour se doter d’aspirations, principes et objectifs clairs.

Alors, un avenir pour Nuit Debout ?