Un algorithme pour identifier les lanceurs d’alertes

Le Pentagone est sur l’aboutissement d’un projet visant à dénicher le prochain Snowden avant qu’il ne devienne une « menace pour la sécurité intérieur ».

Depuis les révélations de Chelsea Manning, un ancien analyste de l’armée américaine, et la publication de milliers de documents classifiés par WikiLeaks grâce à lui en 2010, le gouvernement américain a explicitement communiqué sa volonté de réguler la plus instable composante de son système de sécurité : l’humain.

Le président Obama a, en 2011, publié un décret présidentiel instaurant une force d’intervention contre les menaces intérieures, The Insiders Threats Task Force, avec l’objectif de « prévenir, dissuader et détecter les compromis d’informations classifiées par des initiés malveillants ».

Le 19 mai dernier, le département de défense américain a révélé son plan d’action et la mise en place d’un système d’enregistrements des composantes de menaces d’initiés (Component Insider Threat Records System).

La note du 19 mai fait office de notice, le CITRS « analysera, surveillera et auditionnera » tout le personnel militaire et les officiels du gouvernement qui ont accès à des informations sensibles ou des installations de sécurités.

Le système se base sur toutes les informations disponibles sur l’employé. Entre autres, ses publications sur les réseaux sociaux, des données sur sa santé, sa famille, ses anciennes relations, ses voyages, les résultats d’un examen au polygraphe et, évidemment, les informations obtenues par les 16 autres agences de renseignements gouvernementales.

Une fois les informations regroupées au sein du CITRS, un algorithme devrait faire apparaître les profils d’agents susceptibles de murmurer aux oreilles des médias. Les agents en question feront l’objet d’une surveillance encore plus rapprochée, si tant est que cela soit possible.

Le CITRS sera opérationnel aux alentours du 20 juin, date où les décisions d’agences fédérales sont fermées aux commentaires du public. La fermeture de ce système de remontée d’informations, instaurer en janvier 2003, confirme la feuille de route d’un gouvernement U.S « droit dans ses bottes » avec les lanceurs d’alerte.

Ce projet pharaonique de collecte d’informations vise cependant plus à dissuader qu’à vraiment interpeller les Snowden en devenir. Bien plus forte que la sanction, c’est la possibilité d’apparaître sur la blacklist du CITRS qui préviendrait le gouvernement américain contre les lanceurs d’alertes, à la manière des télé-écrans Orwelliens dans 1984.