Trump : la défaite de l’establishment

Trump : la défaite de l’establishment

Il l’a fait. Donald Trump a battu très largement Hillary Clinton lors des élections présidentielles américaines. Lui contre qui tous les médias s’étaient battus. Lui que la classe dominante avait tant moqué, vilipendé, ridiculisé. Lui que l’establishment politique méprisait profondément, jusqu’au sein du Parti Républicain, tenté par le progressisme. Lui que Wall Street craignait parce qu’il osait remettre en cause le dogme libre-échangiste et la mondialisation. Envers et contre tous, il l’a fait.

Alors, oui, c’est un personnage vulgaire, imbus de lui-même et narcissique. Il n’empêche qu’on ne juge pas un homme politique sur sa personnalité. On le juge sur ce qu’il fait. Plutôt que de réduire son programme grâce auquel une majorité d’Américains l’a porté au pouvoir à une série de petites phrases et d’annonces-chocs, jugeons-le sur sa vision d’ensemble. Trump est sans doute le candidat du peuple. Sa victoire symbolise celle du peuple sur les élites. Il a été porté au pouvoir par un ensemble dont il est difficile de percevoir la cohésion, mais qui partage un commun rejet du libéralisme intégral. Souvenons-nous que Jean-Claude Michéa, philosophe et disciple de George Orwell, écrivit dans Le Complexe d’Orphée : « Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche), tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché ». Il n’est pas douteux que l’électorat de Trump est un agrégat d’antilibéraux, lésés par le capitalisme mondialisé et mécontenté par la promotion du modèle multiculturaliste.

Ce cocktail de double rejet du libéralisme dans son volet économique et culturel aboutit à l’émergence dans le monde entier de ce que le nouveau système post-1991 a appelé “populisme”. Montée du FN en France, BREXIT et maintenant triomphe de Donald Trump, autant de symptômes d’un triomphe du Progrès, d’une fin de la “Fin de l’Histoire”, laquelle se réduisait à une triple expansion : celle du capitalisme mondialisé, de la démocratie libérale et de la religion des Droits de l’Homme. Réjouissons-nous de cette ère qui s’ouvre, une ère qui offre des opportunités, loin du prêt-à-penser que des élites auto-proclamées s’efforcent de nous inculquer au quotidien.

Article & Photo : Elie Collin, ©Gage Skidmore