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Les sondages, ça suffit ?

Avec l’imminence de l’élection présidentielle, les sondages inondent l’espace médiatique. L’expérience a pourtant démontré leur incapacité à prévoir les résultats ; mais est-ce leur objectif ?

Nous nous intéressons ici aux sondages politiques, ceux qui visent à anticiper les résultats des élections ou à analyser l’adhésion à une idée ou à un candidat. En s’intéressant à la façon dont les questions sont articulées, on se rend compte qu’on peut obtenir à peu près n’importe quel résultat sur un même sujet. Selon le cadrage et la formulation de la question, celle-ci peut suggérer une réponse favorable à celui qui commande le sondage : appuyer une idée, tirer des conclusions croustillantes pour écouler quelques tirages. A l’heure de l’info instantanée et en continu, ils permettent la production d’information, moins chère que l’enquête de terrain et donc plus rentable.

Les sondages servent en outre à légitimer certains discours politiques, à la fois par l’appui populaire qu’ils supposent et par leur prétendue teneur scientifique. Cette logique exclut d’autre part les options politiques alternatives qui peinent à se faire entendre. TF1 en a fait la démonstration incontestable en organisant son débat avec 5 candidats sur 11, sur le motif de leur score dans les sondages. Pire, les sondages permettent à certains d’agiter le pseudo-argument du vote utile ; il faudrait voter pour eux parce qu’ils tiennent une bonne place dans les sondages.

La sondomanie frénétique dans l’espace public peut être interprétée comme une volonté de donner artificiellement la parole au peuple pour combler sa soif démocratique. On demande leur avis sur tout aux Français mais on ne les laisse décider de rien. On leur pose une question, mais si leurs avis est plus complexe que oui/non, il faudra repasser plus tard et laisser les cadres des grands partis en débattre entre eux. Il faut donc construire des relais démocratiques entre le peuple et ses institutions, et ne pas limiter l’expression des citoyens à des sondages aussi stériles que toxiques.

Pour aller plus loin : acrimed