Répressions syndicales : témoignages devant le port de Gennevilliers

Mardi 7 mars, aux alentours de 17H devant la compagnie de transport Géodis Calberson près du port de Gennevilliers, se tenait un rassemblement en réaction à de nouvelles répressions syndicales. L’occasion pour ces travailleurs de livrer une série de témoignages destinés à illustrer un rapport de domination pouvant aller jusqu’à la violence physique. Passages retranscrits :

[1re intervention] « Bienvenue devant l’entrée de Géodis Calberson pour la troisième fois. Cette direction apparemment ne se lasse pas de nous voir devant leurs locaux pour défendre les camarades. Tant de salariés, qui ont des mandats de représentants du personnel, sont convoqués encore et encore soit pour des sanctions soit pour des entretiens pouvant aller jusqu’au licenciement.

Qu’est-ce que cela reflète ? Simplement une direction qui a peur d’un syndicalisme qui se bat, qui a peur de la grève. Car comme par hasard, ces convocations sont tombées après deux mouvements de grèves au mois de février. Tout de suite le couperet tombe. Cette direction semble oublier que le droit de grève est bien inscrit dans la constitution depuis 46. Cela les dérange vraiment, c’est certain. Mais cela reflète aussi leur faiblesse. Une faiblesse flagrante devant la résistance qui peut se lever. La résistance à une direction, qui cherche de nouveau à museler les salariés. C’est de cela dont on parle aujourd’hui . Y compris une résistance qui pourrait se lever bien au-delà du territoire, dans tout le pays. Une résistance à ce système capitaliste toujours assoiffé de plus de profits, et qui cherche  à réduire le salariat dans la précarité la plus absolue. »

« Aurait-on l’intention de licencier nos délégués pour les remplacer par des salaries intérimaire ? 130 intérimaires travaillent ici. Beaucoup plus que les 10% autorisés par la loi. Des intérimaires qui ont beaucoup moins de moyens pour se défendre et de s’organiser. Mais cela ne prendra pas. Aujourd’hui nous sommes encore là pour les soutenir et nous ne nous laisserons pas gagner par cette fatalité.

Il est grand temps de partager les richesses dans ce pays. Et de se préparer à une grande riposte à la hauteur. Notamment le 15 mars, où des mouvements sont prévus dans les EHPAD, chez les retraités, à qui ont ponctionné par la CSG leurs retraites et le 22 mars pour défendre le statut des cheminots que le gouvernement veut désintégrer complètement. Il faut bien savoir que c’est de notre responsabilité, de militants, de salariés, de syndicalistes de construire une résistance qui soit à la hauteur pour empêcher ce système libéral de faire plus de dégâts et d’inverser la vapeur, ainsi que pour conquérir de nouveaux droits pour les salariés et tous les travailleurs de ce pays. »

[2de interv.] « À la SMECMA non plus nous ne sommes pas épargnés par l’agression des patrons envers la CGT. Les autres syndicats, eux, ne sont pas souvent attaqués. Récemment chez nous, le secrétaire du CHSCT a été accompagner un ancien mandaté. Les deux ont été sanctionné. Voilà aujourd’hui comment on se fait protéger par des élus. Ils ont du pognon à perdre, plutôt que de nous le donner, ils préfèrent nous saborder. Aujourd’hui, cela fait plaisir de voir un élan de solidarité même si on aurait aimé être plus. Mais restons solidaire et continuons comme ça. »

[3e interv.] « On nous a fait comprendre qu’il y a certains camarades, cela serait bien si on les lâchait pour que le groupe puisse s’en séparer rapidement. Alors nous avons fait tout à fait l’inverse. Quand on nous demande de dégager quelqu’un, on lui redonne encore autre mandat. Ce qu’il fait qu’ils ne s’en débarrassent jamais. »

[4e interv.] « Je suis persuadé que la solution est que toutes ces luttes qui sont menées dans toutes les entreprises et dont personne ne parle, petit à petit puissent remonter auprès des gens qui aujourd’hui se laissent faire, se laisse dépouiller par le gouvernement qu’on a pour qu’enfin on puisse tous relever la tête et obtenir des salaires dignes. »

[5e interv.] « De plus en plus, tous ceux qui vont relever la tête, vont se la faire couper par le patronat. Aujourd’hui la bataille, c’est les patrons qui la mènent, contre nous. Toutes les luttes qui devraient y avoir et qui vont être faites : le 15 mars et le 22 avec les travailleurs de la SNCF ; contre ce gouvernement, il va falloir que les travailleurs s’organisent entre eux et mettent ce pays en grève. Il y a 50 ans, c’était 68, prouvons-nous qu’en 2018, nous aussi les travailleurs on puisse gagner. »

 [6e interv.] « Il y a quinze jours, malgré le froid et la neige, la direction voulait sortir tous les facteurs et factrices, en particulier les collègues de Gennevilliers. Lesquels ont dit que cela n’était pas possible. On ne sort pas parce que, de fait, ce n’est pas praticable. Et le cadre s’est énervé. Il a commencé à se rapprocher à quelques centimètres du visage de collègues. Et donc immédiatement, comme c’est ici le cas, toute une série de collègues ont sorti leurs portables pour filmer juste pour se préserver. Et le cadre, le numéro deux du bureau de poste, s’est mis face aux collègues et a mis une énorme torniole à l’un d’eux dans le bras.

On est donc allé au commissariat de Gennevilliers pour déposer plainte. Et lorsqu’on a dit qu’il s’agissait d’une plainte contre un cadre, on nous a répondu qu’il n’y avait plus de possibilités de dépôt de plainte. On nous a même expliqué que le commissariat s’amusait lui-même déjà à caractériser la nature de la plainte en nous disant que ce n’était qu’une contravention et que cela n’était donc pas pénal. Il a suffi qu’on aille dans un autre commissariat dans une autre ville pour que la plainte soit bien prise. Des histoires comme celle-ci, on pourrait en raconter pleines dans des boîtes dans lesquels on résiste. »

[7e interv.] « Chez Monoprix, quand il y a des départs, les salariés ne sont pas remplacés. Des camardes avec un contrat de 35H se retrouvent à faire 10 à 12 heures par jour au lieu de 6, non payés. Nous ne voulons pas devenir les esclaves de la marionnette MEDEF. »

[8e interv.] « La nuit du 13 au 14, il y a eu un débrayage et un second le 22. Sur notre plateforme, on traite plus de 80 000 colis en à peine 8h de boulot. Ramenez ce chiffre à un taux horaire : c’est de la folie. On a interpellé la direction, car il y a un recours massif à l’intérim. Quand un manager s’oppose à leur politique disant que l’on ne peut pas travailler dans ces conditions, il le convoque. Pourquoi ? Pour ne pas répondre à nos revendications, bien que légitimes. C’est ce que l’on appelle du chantage. »

[9e interv.] « Aujourd’hui, il y a un foyer de conflits qui commencent à émerger. 2018, c’est une année qui sonne en 8. Cela nous rappelle beaucoup de choses. Mai 68, 88, 2008. En espérant que le mois mai 2018 sera celui de la lutte  et d’une grande révolution pour mettre tout ça par terre. »

Article et photos par Matteo Vidal