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Quel sens donner à la lutte ?

Nuit Debout oeuvre à la « convergence des luttes ». Mais de quelle(s) lutte(s) parle-t-on ?

Dès qu’il s’agit de « lutte des classes » aujourd’hui, la caricature triomphe. La lutte décrite par Marx n’existe plus, faute « d’armée de réserve industrielle » – vaincue par l’individualisme et la moyennisation, phénomènes croissants depuis les Trente Glorieuses -, malgré ce que martèlent la CGT et autres héritiers d’une cause qui appartient dorénavant à l’histoire, mais il est encore plus faux d’affirmer sa disparition pure et simple, ce qu’affirment bien entendu les instances pro-libérales au pouvoir.

Mais est-il essentiel de disserter sur la ou les nouvelles forme(s) que revêt de nos jours la lutte des classes ? Si l’on peut, ou plutôt si l’on doit remettre en cause l’actualité de l’opposition entre bourgeoisie et prolétariat, ce n’est pas parce qu’elle n’existe plus, c’est parce c’est un enjeu dépassé.

On ne lutte pas contre l’histoire. La victoire du capitalisme sur le communisme est actée, entérinée, depuis la chute de l’URSS. Le glissement libéral du PS en est un exemple. C’est la conclusion du XXe siècle. Aussi le XXIe doit-il sortir de cette vision manichéenne et porter de nouveaux enjeux.

L’opposition ouvrière au capitalisme a toujours été, est, et sera une opposition bourgeoise, en ce qu’elle accepte les valeurs de la société bourgeoise née aux débuts du XIXe siècle : liberté, consommation, rentabilité, rationalité, avec pour dieu la technique. Il ne s’agit que de donner le pouvoir au prolétariat. Pas de remettre en cause un système et une logique niant in fine l’autonomie des consciences individuelles.

La logique de marché (capitaliste) tout comme l’idéal communiste conduisent au règne de la technique et donc à la mort de la politique, et finalement de la démocratie. Lénine lui-même rêvait d’un monde futur dirigé par des « ingénieurs et des scientifiques plutôt que [par] le politique ». Ces deux visions bourgeoises du monde mènent à la technocratie.

Or aujourd’hui les mouvements contestataires « altermondialistes », ou tout simplement indignés à l’image de Nuit Debout, critiquent justement cette logique partagée, cette mentalité de la société bourgeoise fondée sur la rentabilité, la croissance, le manque de transcendance et le règne de la technique. Finalement, il s’agit bien aujourd’hui de se révolter pour la démocratie, pas seulement contre le capitalisme qui n’est que le visage triomphant de la société bourgeoise.

La récupération de mouvements tels que Nuit Debout par des organisations aux idées « vieilles » comme la CGT ou le Front de Gauche pour ne citer qu’eux, serait, à l’image des dérives de Podemos par rapport au mouvement des Indignados qui l’a vu naître, une victoire de plus de la société bourgeoise. En politique aussi il faut innover, parce qu’en réalité de telles récupérations tuent bon gré mal gré les mouvements citoyens et contestataires qui portent pourtant en leur sein le nouveau sens à donner au mot « lutte ».