Skip to content

Quel monde voyez-vous ?

En démocratie, le choix des citoyens est en partie conditionné par l’idée qu’il se fait du monde. En effet, pour choisir les solutions à adopter il vaut mieux identifier les problèmes à résoudre ; encore faut-il que tout le monde aient la même information pour analyser le monde dans lequel il vit.

Imaginons un individu qui ne s’informe que par le JT de 20h, qu’il regarde assidûment tous les soirs. Selon les choix éditoriaux de la rédaction, il verra des mondes très différents. Le journal fait chaque jour un sujet sur le parcours d’une entreprise qui a réussi ? Ah, quelle France prospère, il n’y a sans doute pas de risque de ce côté là. Le journal traite régulièrement des inégalités sociales ? Il faudra sans doute voter pour un candidat qui propose de les réduire. L’insécurité tous les jours au programme ? Il va falloir quelqu’un qui va remettre de l’ordre dans ce pays. Et plus pernicieux que les thèmes des sujets, le traitement qui en est fait : sur les migrations, on peut les présenter comme un danger ou filmer la misère des migrants dans les camps pour appeler l’opinion à de la solidarité.

Si la démocratie laisse le choix de ses solutions au citoyen, le système médiatique, en jouant sur les représentations d’individus inégalement informés, détermine en partie les problèmes, et donc suggère des solutions. Comme la publicité, le matraquage médiatique se met à créer des besoins absurdes chez les citoyens : à force d’entendre des soi-disant experts se relayer pour affirmer qu’il faut réduire les dépenses sociales par exemple, on se met à avoir besoin d’une politique néolibérale. Alors que franchement, si on vous avez demandé quelle est la priorité pour remettre l’économie sur les rails, vous auriez pensé spontanément à faire travailler plus des infirmières exténuées ? Il y a peu de chance, parce que cela fait peu de sens.

La lutte politique doit donc passer par une réappropriation des représentations médiatiques : les analyser, les critiquer bien sûr, mais aussi en proposer de nouvelles. Refuser de se laisser dicter une interprétation de la réalité pour délibérer collectivement et démocratiquement.