Primaire à droite et vote de gauche

Primaire à droite et vote de gauche

La primaire à droite n’en finit plus de faire couler de l’encre. Au-delà de la frénésie éditoriale des candidats, qui produisent ouvrage sur ouvrage dans le but de tenter de convaincre les électeurs, c’est le vote possible des sympathisants de gauche qui intéresse de nombreux médias. D’après une enquête du CEVIPOF, 10% des participants du scrutin pourraient être issus des rangs de la gauche. Une éventualité qui met un joyeux bazar.

Nicolas Sarkozy s’affole. Le 27 septembre, il a lancé une pétition intitulée « non au vol de la primaire par la gauche », et il n’en finit plus de fustiger ceux qui tendent la main à ces potentiels électeurs. Il faut dire qu’à priori, le candidat de la droite dure a tout à perdre à la participation de ces derniers. Déçus du Hollandisme, la logique voudrait qu’ils se déportent vers Alain Juppé dans le but d’évincer l’ancien président de la République.

Si le calcul tient la route, la réaction a quelque chose de ridicule. Effectivement, même si les votants devront s’acquitter d’une participation de 2 euros par tour et devront signer une déclaration sur l’honneur dans laquelle ils déclarent « partager les valeurs républicaines de la droite et du centre », rien ne permet de contrôler la sincérité de leurs propos ni d’envisager de mesures coercitives. Le lancement d’une pétition est aussi illusoire que futile. Gérald Darmanin, maire de Tourcoing et Sarkozyste invétéré a également déclaré à la voix du Nord que les gens de gauche qui viendraient noyauter la primaire seraient des « parjures ». Il souhaite même conserver les exemplaires de la déclaration : « Je garderai ce petit document et on se marrera pendant quatre ans ». Pas de chance, c’est impossible, puisque la CNIL en interdit l’archivage. Ils seront placés sous scellés jusqu’à épuisement du délai de recours, puis détruits.

L’obsession du contrôle de la part des Républicains les plus décomplexés fait sourire. Partir en guerre contre l’appel d’air qui aspire ces votants vers un scrutin qui ne les regarde pas ressemble fort à l’entreprise de Don Quichotte combattant fièrement des moulins à vents.