Offensives à Afrine : retour sur la manifestation kurde à République

Il est 14h30 à République, un rassemblement se tient pour soutenir la cause Kurde. Quelques acteurs politiques et syndicalistes français sont intervenus pour leur apporter un soutien. Retour en images sur la manifestation et leurs déclarations, en cette après-midi ensoleillée.

[Stéphane Peu, député du Parti communiste français] « Nous dénonçons de toutes nos forces Erdogan qui se livre à un nettoyage ethnique de grande ampleur en faisant d’Afrine une base arrière du terrorisme. Et pourtant les Kurdes ont résisté pendant deux mois avec héroïsme, seuls, abandonnés et trahis par ceux qui les encensaient il y a peu encore. Le gouvernement français a commis une grave faute en considérant que l’on pouvait comprendre Erdogan et en faisant preuve à son égare d’une tolérance complice. L’heure est à la mobilisation, car le dictateur Erdogan ne compte pas s’arrêter là. Il veut conquérir la Rojava jusqu’en Irak. » 

« Le succès de cette manifestation et de celles qui se déroule dans toute la France, les voix qui s’élèvent à gauche montre que l’opinion publique française est du côté des Kurdes. Emmanuel Macron doit l’entendre et prendre les décisions qui s’imposent. Nous n’aurons de cesse exiger de la France qu’elle condamne fermement la politique d’Erdogan. Elle doit saisir le conseil de sécurité des nations unies pour faire cesser les opérations aériennes turques et le retrait total du territoire Syrien. Elle doit enfin agir à l’échelle européenne pour retirer le PKK de la liste des organisations terroristes. »

[Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de gauche, oratrice de la France Insoumise] « Nous devons exiger d’Erdogan que cette offensive sur Afrine arrête. Pourquoi ? Bien sûr cela a été dit et re-dit, les Kurdes ont été les meilleurs combattants contre Daech. Ils ont été les meilleurs alliés dans cette bataille-là contre Daech. Mais ce n’est pas uniquement pour cela. Bien sûr parce que c’est une catastrophe humanitaire, parce que le sang doit arrêter de couler. Mais ce n’est pas uniquement pour cela. Parce que nous savons pertinemment que si Erdogan attaque Afrine, c’est parce qu’Erdogan ne veut pas de l’expérience unique du Rojava. »

« Tous nos espoirs pour la paix exigent de nous une solidarité complète avec l’expérience unique du Rojava. Parce qu’au Rojava, l’expérience démocratique qui se construit malgré les circonstances si difficiles, c’est d’abord et avant tout une expérience politique démocratique pluraliste. Non seulement vous portez là-bas un projet socialiste, écologique. Une nouvelle forme démocratique à travers le communialisme. Mais vous portez également un projet féministe. Et cette bataille féministe, j’aimerais que les femmes françaises l’entendent pour qu’aux prochaines manifestations elles soient plus nombreuses ici, à nos côtés. Parce qu’on sentirais bien, que c’est bien pour cela pour le contenu politique du Rojava qu’Erdogan attaque le Rojava. Parce qu’Erdogan et son nationalisme et son islamisme politique ne veut pas de cette émancipation-là. »

[Oliver Besancenot, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste] «  Je sais qu’en ce moment le combat est compliqué à Afrine. Et vous dire que du côté de la société française, il y a beaucoup plus de personnes que l’on peut le croire qui regarde dans votre direction. Si la société francise aujourd’hui est en deuil, il y a aussi une bonne partie de la société française qui se sent internationaliste dans l’âme, qu’elle sait ce qu’elle doit aux combats des Kurdes et des femmes Kurdes contre l’Etat Islamique. Et que ces combats-là , nous, du point de vue de la population du point de vue du peuple et des opprimés, c’est des instants, des moments qu’on oubliera jamais contrairement aux gouvernements occidentaux, à commencer par le gouvernement français qui laisse faire le gouvernement d’Erdogan, qui laisse faire sa sale politique comme à chaque fois et qui laisse crever Afrine comme il le fait régulièrement du point de vue de sa politique. »

« Alors je voudrais dire deux choses  toutes simples : la première, et cela a été dit, ce n’est pas seulement une catastrophe humanitaire. C’est un crime de guerre avec la complicité des gouvernements occidentaux. Et pour une raison en effet, c’est qu’au Rojava, il y a un projet de société different qui a vu le jour. Un projet de société féministe, écologiste, autogéré : où le peuple a enfin le droit d’avoir son mot à dire. Et ça camardes, il n’y a pas qu’Erdogan qui n’en veut pas. Le dictateur Assad n’en veut pas. Israël n’en veut pas. La région n’en veut pas. L’Union européenne n’en veut pas. Le parlement français n’en veut pas. Mais nous, on le veut ce projet-là. Et c’est pour cela qu’on se sent tellement solidaire de votre combat, parce que camarades vos victoires sont nos victoires. À chaque fois que vous gagnez, cela nous porte de l’enthousiasme et de la force ici, pour renverser nos propres oppresseurs, nos propres exploiteurs. »

[François Pupponi, député du parti Nouvelle Gauche] « Chers amis, et j’allais dire, kurdes, nos frères, nous sommes là comme tous les ans avec Sylvain Assouline pour normalement fêter cette belle fête de Newroz. Qu’est la fête du printemps, de la vie, de la joie. Mais cette année, c’est une fête particulière entachée du sang de tous ces martyrs qui à Afrine lutte pour leur liberté, contre l’armée turque et contre Erdogan. Nous savons nous, en tant que socialiste, ce que nous vous devons. Car c’est le président Hollande qui vous avait demandé d’être en première ligne pour lutter contre la barbarie. Et le président Hollande qui vous avez demandé de sauver Kobané et c’est ce que vous avez fait, au péril de votre vie. »

« Et cette relation si forte entre les kurdes et la France, aujourd’hui est en train de disparaître. J’ai quelque part honte un peu de mon pays, que la France vous abandonne, comme elle vous abandonne à Afrine. Nous allons intervenir en tant que parlementaire pour que les choses changent et que la France fasse ce qu’il faut pour qu’Erdogan arrête ce qu’il est en train de faire à Afrine. Soyez sur de notre amitié, de notre solidarité, de notre soutien. Vous avez un combat qui est juste et nous continuerons à être avec vous. »

[Jérôme Gleizes, élu Europe Ecologie Les Verts] « Chers amis, en ces moments de deuils ce n’est pas le moment de faire de long discours . Je suis ici au nom de tous les écologistes de France mais aussi de l’Europe pour porter hommage aux martyrs qui sont tombes à Afrine, à tous les martyrs qui sont tombés depuis longtemps. Car c’est grâce à vous que nos libertés sont défendues. »

« Je ne suis pas là pour faire de longs discours, ceux-là sont pour d’autres moments. Mais je suis aussi ici pour dénoncer notre hypocrisie, l’hypocrisie de l’Occident ; l’hypocrisie de tous ces gens-là qui ne vous soutiennent pas et qui mettent en danger toutes nos libertés. Que les martyrs renaissent et que la résistance gagne. »

[Vervein Angeli, syndicat « Solidaires »] « Cette présence est pour nous importante parce que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est quelque chose qui fait partie de nos revendications depuis des années. Que ce soit à cause des vestiges de la puissance coloniale française ou que  ce soit partout ailleurs dans le monde. Et notre solidarité elle a ce sens-là. »

« La deuxième chose, c’est que depuis plusieurs années, nous savons aussi que l’expérimentation sociale, politique, démocratique, féministe  que vous pratiquez dans les zones que vous avez libérées depuis la guerre est quelque chose qui prend du sens pour tous ceux qui militent pour une transformation sociale. Dans ce sens nous sommes particulièrement solidaires et toujours interressés à vos combats. »

« Aujourd’hui ce rassemblement a effectivement un sens plus dramatique parce que les bombardements, la situation militaire de votre peuple et de vos populations à Afrine est une situation dramatique. Nous sommes à vos côtés contre les bombardements, pour exiger qu’ils cessent ; pour dénoncer la complicité de l’Union Européenne, de la France et du monde face aux bombardements qui ont lieu à Afrine. »

Photos et passages retranscrits par Matteo Vidal