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Nous sommes contradictoires ?

Ironiquement, nous qui vivons dans une démocratie nous sommes donc, selon les fondements de notre système politique, en contradiction avec nous-mêmes à chaque fois que nous remettons en cause un choix politique de notre gouvernement. Puisque, rappelez-vous, dès lors que nous votons pour un gouvernement, nous renonçons automatiquement à notre poids politique pour le lui confier et de surcroît, d’une manière on ne peut plus légitime : par un vote.

Et pour cause, c’est une volonté très forte qu’ont eu les révolutionnaires français à la fin du 18ème siècle. Prenons un exemple frappant: Emmanuel-Joseph Sieyès, leader révolutionnaire, un des fondateurs du système représentatif oppose le gouvernement représentatif qu’il promeut au gouvernement démocratique qu’il rejette :

« les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie et la France ne saurait l’être, le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » 

Notre démocratie actuelle donc représentative fut inventé au 18ème siècle en France pour être une alternative à la démocratie et à la monarchie. Il ne correspond pas réellement à l’idéal démocratique originel. La démocratie représentative a ainsi été inventé pour ne plus avoir à écouter le peuple, une fois ses dirigeants élus.

Voilà pourquoi, pour respecter la philosophie de notre démocratie représentative, les élus, une fois devenus légitimes par un vote, doivent faire abstraction de la parole du peuple pour mener à bien leurs projets. Et la seule fois où le citoyen use d’un pouvoir politique, c’est à une élection. Au-delà de quoi, il est censé jouer le jeu d’un système de représentation et laisser ses dirigeants faire évoluer le pays. À en croire la constitution, la parole du peuple n’est réellement légitime qu’à chaque élection, une fois celle-ci passée, sa parole politique n’appartient plus qu’aux élus.

Au vu de ses éléments, manifester ressemble davantage à une carotte pour contenter le peuple plutôt qu’à un pouvoir dans une démocratie…