Skip to content

Non Mme Le Pen, l’égalité des genres n’est pas un « délire idéologue »

Jeudi 9 février, un débat oppose Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education, et Marine Le Pen, dans L’Emission Politique de France 2 consacrée à cette dernière. La candidate d’extrême-droite s’érigeant en rempart de l’égalité femme-homme face au fondamentalisme islamiste, la ministre l’interroge : pourquoi les députés FN votent systématiquement contre les textes favorisant cette égalité ? (à voir ici de 2:15 à 3:00) Selon Mme Le Pen, « peut-être parce que vous y intégrez toute une série de délires idéologues » comme « le fait d’indiquer aux parents à quel jouet doivent jouer leurs enfants », accusant les socialistes d’une « tendance, dérive totalitaire ». Rien que ça.

Là où cette séquence est intéressante, c’est qu’elle est révélatrice de la position du Front National sur l’égalité femme-homme. Si sa présidente joue volontiers la féministe pour faire un lien entre islam ou immigration et oppression des femmes, à l’instar de cette tribune ou de cette déclaration d’un élu FN, elle montre son vrai visage quand son parti s’oppose au planning familial et à la parité ou que nombre de ses cadres sont ambigus sur l’avortement. Elle entretient la confusion, parle de militants qui enseignent la théorie du genre dans les écoles en 2014 (ça ne veut rien dire) : la recherche de l’équilibre entre façade féministe et tradition de l’extrême-droite aboutit à quelques saltos idéologiques.

Personne n’irait imposer à des parents les jouets de leur enfant : le sujet est tout autre. Il s’agit de lutter contre les stéréotypes de genre qui conditionnent les enfants dès leur plus jeune âge. Il n’est plus à démontrer – bien que le bloc réactionnaire ait encore du mal à l’admettre – que les agents de socialisation, et effectivement la publicité des jouets mais les médias plus généralement, jouent un rôle déterminant dans la construction des identités.

Aucun « délire idéologue » donc, dans le fait d’affirmer que les identités de genre sont construites socialement et que la perpétuation de stéréotypes conduit à de réelles inégalités : cela s’appelle de la sociologie. Et aucun délire, quand on souhaite l’égalité des genres, à utiliser l’éducation pour construire une société plus égalitaire.