Mouvement pour la 6e République : « le peuple entier doit participer »

Entretien avec Pierre-Yves Cadalen, porte-parole du mouvement pour la VIe République.

Passer à une nouvelle république, c’est une volonté qui existe et qui est grande ?

Le dégoût général à l’égard de gouvernements semblables, qui se succèdent dans une fausse alternance, est perceptible dans tout le pays. L’abstention, chaque fois plus lourde pendant les élections intermédiaires, est une expression particulièrement puissante de ce rejet d’une oligarchie qui s’assoie entre chaque élection sur le peuple et croit pouvoir pratiquer cet exercice éternellement.

Elle se trompe. La 6e République est une idée qui fait son chemin au sein du peuple français, plus de 2/3 des Français y seraient favorables selon un récent sondage. Il ne s’agit pas uniquement d’une volonté, que nous animons avec d’autres. Il y a là une nécessité. Si nous ne transformons pas profondément nos institutions et notre pacte social, nous allons vers un pourrissement généralisé de la situation : il est impératif que le peuple se donne à lui-même un horizon.

Cet horizon doit s’incarner dans une 6e République sociale et écologique, loin de l’ethnicisation du débat politique et des vieilles recettes sans cesse essayées pour dresser les uns contre les autres.

Dans quelles circonstances est née ce mouvement ?

Nous ne faisons pas ce constat d’aujourd’hui. Le quinquennat de Hollande incarne particulièrement la déchéance des institutions de la Ve République. Il a sans aucune gêne trahi tous les principes sur lesquels il avait été élu, perdu toutes les élections intermédiaires, resté sourd à un ample mouvement social et citoyen, mais il reste. Pire, il s’imagine pouvoir continuer.

En septembre 2014, quand notre mouvement a été fondé à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon, tout cela était perceptible. Nous avons voulu contribuer à placer l’idée de la démocratisation de notre société au centre des débats, notamment dans la perspective de l’année électorale qui vient. Plus de 100 000 citoyennes et citoyens ont appuyé le mouvement, nombre d’entre eux ont participé aux débats de Nuit debout pour évoquer la 6e République, les débats et les votes, tantôt sur des personnes, tantôt sur des textes, ont rythmé les deux années de notre activité.

Une 6e république pour faire quoi ?

La 6e République ne saurait se réduire à un changement de numéro, à un vague exercice de cosmétique institutionnelle, encore moins à un exercice venu d’en haut, de quelques experts prétendant à eux seuls pouvoir décider de la destinée collective du pays. C’est comme cela qu’est née la Ve, avec ce comité d’expert présidé par Michel Debré. Le ver était déjà dans le fruit. Nous ne voulons pas tomber deux fois de suite dans ce piège grossier.

C’est donc d’une transformation indissociablement sociale et politique dont il s’agit : le peuple entier doit participer à cet exercice aussi rare qu’inédit pour penser ce qui pourrait changer. L’un des pires phénomènes de l’époque que nous vivons tient à ce refus de penser qu’un monde meilleur serait possible. On dit aux gens, non, non, baissez les yeux, il n’y a rien à voir à l’horizon. C’est quand nous nous rendrons collectivement compte qu’il ne tient qu’à nous de les lever que l’horizon pourra se dégager.

Une nouvelle République, c’est imaginer un monde nouveau : droits sociaux inédits – par exemple des dispositions sur la réduction du temps de travail pourraient être introduites dans la Constitution, ou sur l’extension du secteur coopératif et démocratique dans notre économie –, droits écologiques correspondant au défi majeur du siècle, droits personnels étendant le domaine de l’émancipation individuelle – droit à l’avortement, droit à la fin de vie autonome.

Des perspectives se dessinent déjà assez clairement à partir du texte voté par les signataires du mouvement (https://www.m6r.fr/2015/06/pour-la-6e-republique/). Ce qui anime profondément l’idée de la 6e République, c’est d’en finir avec l’oligarchie et que le peuple puisse enfin décider de ce qui le concerne.

Comment, concrètement, les citoyens dessineront la république de leur rêve ?

Tout d’abord, il faudra élire une Assemblée Constituante à la proportionnelle. Nous avons collectivement élaboré une proposition de loi dans ce sens (https://www.m6r.fr/ilsuffitduneloi/). Marie-George Buffet et des milliers de citoyens ont d’ores et déjà appuyé la pétition lancée dans ce sens (https://www.change.org/p/mesdames-et-messieurs-les-d%C3%A9put%C3%A9s-et-s%C3%A9nateurs-pour-la-6e-r%C3%A9publique-il-suffit-d-une-loi). Nous comptons sur le soutien des citoyens comme des parlementaires pour que ce principe fasse son chemin.

Cette assemblée ne sera pas seule au monde, et les citoyennes et citoyens, organisés en comité constituant, auront droit de pétition pour lui proposer des idées. D’où l’importance que les citoyennes et citoyens se saisissent dès aujourd’hui de ces enjeux de pouvoir, et comprennent qu’ils sont à leur portée, et que leur implication est nécessaire à ce qu’ils deviennent cette force d’imagination dont nous parlions.

Nous pensons qu’en deux ans l’Assemblée Constituante aura terminé ses travaux. La Constitution, mise en débat pendant cette période, sera soumise à référendum à l’issue de ce processus. L’implication populaire est au cœur de notre démarche. Nous ne voulons pas d’une 6e République réservée aux technocrates ou aux banquiers – nous avons déjà la Ve pour cela.

Quand est-ce qu’on y aura (peut-être) droit à cette 6e république ? Vos prévisions ?

La prévision n’est pas possible en politique, et le cours de l’histoire peut parfois nous surprendre où on l’attendait le moins. L’action, elle, est ce qui permet précisément d’orienter ce cours. Nous nous y employons, et, dès nos premiers textes, nous n’avons pas caché l’horizon premier qui se présentait à nous : 2017.

Cette élection est une occasion unique de renvoyer cette oligarchie à la maison. De construire ensemble une nouvelle République. Pas un constitutionnaliste ne saurait nier qu’un possible changement de République passe précisément par l’élection présidentielle, l’organisation d’un référendum pour convoquer une Constituante via l’article 11. Nous espérons qu’il sera employé dans ce sens dès après mai de l’an prochain.

Nous avons déjà pleinement droit à cette 6e République : le peuple se doit de réclamer sa souveraineté, dérobée par des intérêts privés. Et nous allons travailler à ce que de droit, dès l’an prochain, elle devienne un fait. Historique, sans aucun doute.

Mouvement pour la 6e République