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Pourquoi Marine Le Pen risque de gagner

Cette mondialisation n’a pas fonctionné. Ce libéralisme non plus. À moins d’un pouvoir politique supranational et commun à tous les territoires économiques participants, le libéralisme ne pourra se réguler par lui-même, sous le feu de la compétitivité qui l’anime. C’est aujourd’hui le cas. Les pouvoirs politiques, face à une concurrence accrue, sont incapables de tenir un rapport de forces suffisant. Le libéralisme favorise ceux qui le libèrent, défavorise ceux qui le régulent. Mais tant qu’un système politique produira davantage de perdants que de gagnants, il sera voué à se déconstruire continuellement, jusqu’à ce que cette tendance s’inverse.

En France, folle présidentielle 2017. Des rebondissements à n’en plus finir alimentent chaque jour encore le feuilleton de cette élection politique. Difficile alors d’émettre quelque pronostic quant au futur président de la République. La droite était convaincue d’avoir trouvé son poulain, elle se retrouve perdue face à l’affaire Fillon, qui ne dégonfle pas. Emmanuel Macron, devenu pour beaucoup un pari gagnant, pourra-t-il s’adresser à tous, à cette majorité qui ne s’intéresse à la politique qu’au moment d’aller voter, à ceux qui éprouvent de la colère à son égard ? Un électorat sans doute déjà partagé entre un vote Front National de rejet et l’abstention. Mélenchon, lui, peine à récupérer ce créneau, autrefois à gauche. Et Hamon, symptôme d’un parti socialiste en mutation, se tiraille entre deux camps.

Au vu de ce brouhaha politique sans cesse changeant, difficile d’en dégager une perspective claire. Mais si on s’extrait de l’excitation de la campagne, pour n’en garder que les évolutions lentes, on en tire un constat impropre à la France : le dégoût d’un pouvoir politique impuissant face aux pouvoirs des marchés. Qui incarne ce sentiment ? D’abord Marine Le Pen en pointant du doigt les Arabes et les Maghrébins, comme les accusants de tout. En réveillant alors les vieilles cicatrices d’une guerre d’Algérie qui peine encore à s’effacer.

Trop souvent, l’émotion remporte la raison. Une analogie peut être possible entre Donald Trump, qui usa des mécanismes émotionnels pour entrainer cette colère derrière sa candidature, et le Front National. Sans tenir compte des péripéties d’un feuilleton politique ambiant qui ces temps-ci, ressemble davantage à des chroniques judiciaires, le prochain président de la République pourrait être une femme. Tout dépendra de l’état de la colère. Le 7 mai prochain, nous saurons si elle fut mure.