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Macron et la retraite, l’art du dilemme social

Qu’on partage ou pas son projet, Emmanuel Macron a un mérite, celui d’obliger les « sociaux-démocrates » à sortir du bois, et d’assumer de prendre position sur des dilemmes sociaux longtemps mis sous le tapis. L’exemple du « débat » sur sa proposition de retraite par points en est l’exemple typique.

En effet, dans le système actuel, toute personne a droit à une retraite à taux plein si elle a cotisé pendant 43 ans, quel que soit son niveau de salaire. Ainsi, si vous avez travaillé pendant 43 ans, vous avez droit à une retraite (du moment que vous partez après vos 62 ans). Le montant de celle-ci est alors calculé en fonction de la moyenne des salaires de vos 25 meilleures années (6 derniers mois dans le public).

Dans un système par point, c’est différent. Toute personne a droit à une retraite si elle cotise suffisamment longtemps pour « acheter » le nombre de points requis. Plus vous avez un gros salaire, plus vous pourrez partir tôt, car vous aurez pu acheter plus rapidement le nombre de points requis. Le montant de la retraite, quant à lui, sera fixé non pas en fonction du salaire moyen des dernières années de travail, mais en fonction du nombre de points achetés durant votre vie, multiplié par la valeur du point à la date de votre départ à la retraite, qui elle sera fixée par le gouvernement chaque année.

Ce système pose, à mon sens, trois problèmes :

  • Les personnes bénéficiant généralement de moins bons salaires (les femmes, ouvriers, agriculteurs, non-diplômés,…) devront travailler plus longtemps que les autres pour avoir droit à une retraite.
  • Le montant de votre pension ne sera plus garanti comme aujourd’hui, mais dépendra de la valeur du point fixée chaque année par le gouvernement, et donc in fine du contexte économique.
  • Enfin, cette option ne rend pas le système plus économe en soi. Il donne simplement plus de moyens au gouvernement pour le rendre moins coûteux (et donc moins généreux).

Voilà donc le dilemme proposé : avoir un système de retraite qui ne garantit plus le montant des pensions, dans l’espoir de le sauver ? Ou bien conserver le système actuel, avec pension garantie, au risque qu’il ne soit plus finançable à l’avenir ? A nous de choisir.