Macron : après la gauche, casser la droite

Si réduire à néant les restes du parti socialiste a été chose aisée pour Emmanuel Macron, la destruction des Républicains sera loin d’être une partie de plaisir, tant les cadres du parti sont nombreux à vouloir s’inscrire dans une opposition au nouveau président de la République, qu’elle soit frontale ou raisonnable. Mais Emmanuel Macron commence fort en nommant à Matignon Édouard Philippe, qui se décrit lui-même comme « un homme de droite », contrairement à son prédécesseur Bernard Cazeneuve qui laisse la fonction de premier ministre à un « ami normand » en « homme de gauche ». Cette nomination, au-delà de l’envie de vouloir s’élargir au maximum, est un choix stratégique opportun pour le président. Car ce juppéiste, en d’anciens temps fidèle à Michel Rocard, appartient au clan Les Républicains.

De Bernard Accoyer à François Baroin, les cadres du parti menant la campagne électorale en vue des législatives ne sont pas tendres avec le nouveau chef du gouvernement : pour sauver la maison LR, une unité sans failles face à l’appel de Macron est indispensable (même vitale), tant les électeurs modérés de François Fillon se sont tournés vers Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Et ce vote, qu’eux-mêmes qualifiaient de « choix par défaut », sera peut-être renouvelé lors des échéances électorales du mois prochain, afin de laisser sa chance à ce nouveau président voulant dépasser les vieux clivages pour s’inscrire définitivement dans le renouveau.

La fracture de la droite républicaine aura-t-elle lieu ? Cela dépend nécessairement de l’entrée ou non dans le gouvernement de Républicains modérés, comprenez Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire. Si ces deux figures emblématiques de la droite, autrefois candidats lors de la primaire de décembre, rejoignent un gouvernement Philippe, et que Les Républicains ne se mettent pas d’accord pour une ligne claire (à choisir entre une opposition frontale ou un vote dans l’intérêt supérieur du pays) : en cas de non-majorité à l’Assemblée nationale, il sera sûrement possible d’acter, temporairement du moins, la fin du règne des partis LR et PS.