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L’enfant citoyen

Nous vous parlions en octobre dernier de la réputation que traînent les “jeunes adultes d’aujourd’hui”, cette génération Y qu’on dépeint avec toujours plus de complaisance comme dramatiquement amorphe, égocentrée et dépolitisée. Nous avions alors évoqué ce qui n’était finalement qu’une transformation de l’engagement, l’attrait vivace des jeunes pour l’associatif, l’humanitaire, les ONG, etc. Nous avions cherché à savoir d’où venait ce rejet des aspects traditionnels de ce qu’on appelle habituellement l’engagement politique. Qui “dépolitise” la jeunesse ? À l’heure où les candidats politiques se montrent partisans d’une éducation centrée sur un socle commun toujours moins critique et stimulateur de curiosité ou d’autonomie, le rejet de ce modèle nous force à constater que la majorité des jeunes délaissent l’expression politique traditionnelle pour se tourner vers des formes alternatives de politisation

Ces enfants, à qui l’apprentissage a trop peu donné l’occasion d’être citoyen, c’est à dire acteur de leur environnement immédiat, dans leurs espaces scolaires vont chercher ailleurs de quoi s’épanouir. Car entre les rares 18-25 ans encartés, et la myriades de jeunes cumulant les adhésions à X associations, il reste ceux qui n’ont pas trouvés, faute d’accompagnement, une place à leurs idées, leur envies. Nombreux pourtant sont les intellectuels et groupes parentaux à promouvoir une responsabilisation de l’enfant, à défendre une éducation où l’enfant est moteur de son savoir, de sa réussite et de sa compréhension du monde. Mais par cynisme mal placé ou par manque de formation, d’informations, un nombre plus grand encore d’individus y font obstacle. Car dire que l’éducation citoyenne de l’enfant est arbitraire est un doux euphémisme. Il est livré au hasard de l’investissement parental, de la motivation du professeur, de la vitalité de son environnement.

Il faut intervenir, pour atténuer la violence de cet arbitraire qui tue dans l’oeuf le potentiel et l’épanouissement d’un nombre grandissant de très jeunes personnes. Récupérer ces enfants, en qui tout appelle à plus de participation et de prise de parole, c’est à notre portée. Les pistes à emprunter abondent. Nous que le hasard a gâté, nous qui avons connu, par chance, ce prof, cette école, ces parents, nous pouvons transmettre. C’est à nous, jeunes engagés, jeunes universitaires, jeunes animateurs, de venir rencontrer les enfants, de partager avec eux les richesses que des conjonctures ont bien voulu nous accorder. L’animation en milieu scolaire, en maison pour tous, l’accompagnement de l’enfant est un geste profondément solidaire, altruiste et nécessaire. Cette voie, ce choix de faire le pont entre deux jeunesses, beaucoup l’ont déjà empruntés, nous prouvant bien qu’il est possible de concilier jeunesse active et engagement. Et vous le pouvez tout autant.