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Le droit, la liberté de ceux qui n’ont pas de pouvoir

La Révolution française, ayant fait effondrer une société d’ordres, un nouveau clivage politique majeur put voir le jour : société de droits contre société de pouvoirs.

Une société de droits exige que toute personne renonce à ses libertés privées. Chacun jouit des mêmes libertés fondamentales. Les avantages tirés de la coopération sociale sont équitablement distribués. Dans une société de pouvoirs, d’aucuns font librement usage de leurs pouvoirs, quel qu’ils soient. À la différence que ces pouvoirs sont inégalement répartis. Une société de droits aboutit rend la liberté universelle. Une société de pouvoirs s’affranchit de l’égalité pour ne laisser qu’à l’homme des pouvoirs privés. Par cette opposition, il s’agit de remettre en cause le clivage entre liberté et égalité ; la liberté étant la valeur maîtresse de l’égalitarisme, lequel se préoccupe de l’accorder à tous.

Cette société de pouvoirs privés, s’approche du modèle de l’État libéral qui se contente de garantir à ses citoyens les mêmes libertés civiles et politiques. Quant aux libertés économiques, sociales et culturelles : le pouvoir de chacun prend de nouveau le pas sur le droit. Dès lors, place est faite aux inégaux privilèges. Les libéraux, défenseurs a priori de la liberté, n’estiment-ils pas que tout le monde puisse y avoir droit ?

N’établissons pas dans la hâte qu’une société de droits – ayant rendu les libertés civiles, politiques, économiques, culturelles et sociales universelles – présente une menace écrasante pour l’épanouissement de la particularité. C’est tout le contraire. Dans son contrat, elle place au coeur l’émancipation individuelle. Aboutie, elle se débarrasse des pouvoirs privés inégalement répartis, pour garantir à tous des droits individuels et publics plus puissants encore.

Le libéralisme, s’il n’est qu’un mouvement tendant vers cette société de pouvoirs inéquitable, demeure compris comme concept en tant que tel. Toute politique nécessitant d’être justifiable, ce courant s’efforce de prétendre que le capitalisme profiterait à tous quand par nature, il ne profite qu’à quelques-uns.