La réalité de l’abstention

Les français sont abreuvés depuis leur enfance de contes sur la démocratie. En allant voter, ils exerceraient leur souveraineté et consentiraient à ce que l’élu les représente. C’est également le mythe porté par les « anti-abstention », qui vont culpabiliser ceux qui ne votent pas au motif que « des gens sont morts pour que vous ayez le droit de vote ! » Cette vision erronée de notre démocratie est, plus que jamais, terriblement dangereuse.

Elle n’a lieu que dans la tête de ceux qui y croient et n’est, au final, que de l’auto-valorisation. Le votant veut se voir comme un roi. Cela cède face à une réalité simple : l’un des candidats sera élu. Le vote n’est qu’une décision, un choix entre un nombre restreint de possibilités, et l’abstention est un vote comme un autre.

Certains vont avancer des arguments pratiques : ils ont peur, qu’élu avec un pourcentage écrasant, le vainqueur puisse faire appliquer toutes les mesures qu’il le souhaite. Pourtant, que nous dit l’histoire ? Est-ce que Hollande en 2012 a eu autant de « légitimité » que Sarkozy en 2007 (leurs scores étant comparables) ? Est-ce que Sarkozy en 2007 a été moins libre que Chirac en 2002 ? Absolument pas. Rien n’indique que le score réalisé puisse en soi avoir un effet sur la politique suivie, surtout dans un duel contre le Front National.

Et le taux d’abstention ? Si le taux d’abstention devient très fort, ils infléchiront leur politique et écouteront les mécontents ? Non. L’abstention ou le vote blanc n’ont aucun contenu, si ce n’est l’insatisfaction, ce qui ne veut rien dire. Vous êtes insatisfaits de la faible protection des travailleurs ou des rigidités du code du travail ? Du taux de chômage ou du niveau de dette publique ? Il est impossible de tirer la moindre signification de ces votes.

Au final, il n’y a qu’une réalité dans nos élections : la victoire ou la défaite. Il n’y a rien d’autre, à part de fausses excuses et des mythes enfantins. Ce billet n’a pas pour objet de vous culpabiliser, mais de vous responsabiliser. Si vous vous abstenez ou votez blanc, vous accordez un demi-suffrage à chaque candidat. Quel que soit votre choix, assumez le, ne vous défaussez pas.