Skip to content

La France a peur, mais quelle France ?

À en croire les réactions face au progrès de Mélenchon dans les sondages, la France a peur, l’Europe a peur, le monde a peur. Du Figaro à Hollande, tous annoncent une catastrophe si jamais le geste malheureux de millions d’électeurs portait Mélenchon au pouvoir. Françoise Hardy sort des énormités devant des journalistes muets, trop contents de ne pas avoir à faire le boulot. À la radio, un économiste américain lâche enfin le morceau : les entreprises qui font la mondialisation doivent se demander si s’enrichir sans fin vaut une révolution ? Pas celle de Macron.

Au milieu du 19ème siècle, un philosophe allemand de 30 ans nous parlait déjà de la peur des aristocrates et des grands bourgeois, tremblant devant le spectre du communisme. En 1875, on fit construire la Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre, là-même où la Commune de Paris avait commencé. En 1974, Giscard disait à Mitterrand qu’il était inconcevable d’avoir des ministres communistes en France. En 1981, c’est Reagan qui nous aurait bien fait la guerre pour la même raison. Mélenchon n’est pourtant pas communiste mais ce programme de la France Insoumise ne déparerait sans doute pas dans une bibliographie du PCF.

Cette peur est bien compréhensible. Celle des grands patrons qui verront leur salaire plafonné. Celle des grands financiers qui ne pourront plus jouer avec notre argent. Celle des actionnaires qui verront leurs dividendes s’amenuiser. Celle des fraudeurs du fisc pourchassés partout. Celle des politiques dont les actions seront soumises en permanence à la vigilance des citoyens. Celle des journalistes qui ne seront plus conduits à l’autocensure. Celle de tous ceux qui profitent de la faiblesse de l’autre. Celle des agriculteurs qui remettront leur vie en question car il leur faudra se soucier de leur santé et de celle du monde qu’ils nourrissent.

Cette peur-là de « L’avenir en commun » ne semble pas vraiment partagée hors des mondes médiatiques, politiques et financiers. La plupart des gens ne connaissent pas le programme ou le prennent comme d’éternelles promesses. Mais les militants semblent bien réussir à convaincre et à le transformer en espoir. D’où l’acharnement à vouloir faire peur.