La démocratie par jury ou l’abolition de l’aristocratie

« Comme la plupart des citoyens, qui ont assez de suffisance pour élire, n’en ont pas assez pour être élus ; de même le peuple, qui a assez de capacité pour se faire rendre compte de la gestion des autres, n’est pas propre à gérer par lui-même […]. Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. » (Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748)

Il s’agit là de distinguer la démocratie de l’aristocratie. La première veut croire au fait que tout citoyen dispose de la même intelligence à juger en faveur du bien commun. Le seconde voit le peuple comme le mieux placé pour choisir celles et ceux qui seront les plus à-même de gouverner pour lui. La nuance est grande. D’aucuns diront qu’en effet, l’aristocratie est seul recours pour porter la parole d’une nation trop nombreuse ; c’est ignorer l’alternative du tirage au sort.

À l’image d’un jury populaire, il faut imaginer une représentation nationale tirée au sort, spectatrice d’un théâtre des points de vue joué par différents partis. De ce fait, chaque membre débat d’un problème politique en connaissance de cause. À savoir que ce jury, par la loi des grands nombres, ne peut être que sociologiquement représentatif. Dès lors, cette disposition permet un exercice convenable de la démocratie tout en ayant recours à un moyen de représentation. Quant au système représentatif, tout citoyen ne vote pas toujours, presque jamais, en connaissant chacun des avis sur telle ou telle question politique, selon par manque de temps, de moyens, etc. Un inégal accès aux informations que vient combler une démocratie par jury.

À titre d’illustration, nous pourrions prendre l’exemple d’un procès en cours : le jury condamne l’accusé ; l’opinion, estimant la sentence injuste, est vent debout. L’un a pu avoir accès aux pièces du dossier, aux plaidoiries de la défense et des parties civiles. Enfin il a pu délibérer avant de prononcer son verdict. L’autre, l’opinion, n’a pu avoir accès qu’à des informations partielles suivant ses sources, n’a pas eu connaissance de tous les éléments autour de la question. Enfin, ceux qui la constituent n’ont pu échanger différents raisonnements, différents arguments, avant de se manifester. L’un agit en connaissance de cause sans préjuger ; l’autre, avec une rationalité limité. Un parallèle frappant entre une démocratie par jury et notre système aristocratique.

Article & Photo : Matteo Vidal, ©Olivier Ortelpa