Jusqu’où doit aller la liberté d’expression ?

Les débuts de l’année 2018 ont été marqués par l’accélération de la libération de la parole sur le plan des mœurs. Cela a permis à des personnes ayant été victimes de viol, d’homophobie ou d’autres formes de harcèlement de faire passer la honte dans le camp des coupables.

Les réseaux sociaux ont ouvert les vannes d’une parole trop longtemps contenue. Alors, comme dans tout flot réprimé, il y a eu des dérives. On a vu, par exemple, Cyril Hanouna dans une séquence insoutenable, faire une démonstration d’homophobie des plus violentes. Le CSA s’est aussitôt saisi de l’affaire et a censuré l’émission. Ces dérives et leur censure sont autant d’interrogations portées sur la liberté d’expression. Pourtant doit-on y poser des limites ? Doit-on policer les œuvres et les discours ?

On pourrait d’abord se dire que de tels propos permettent au moins de soulever le débat. Pour garder l’exemple de Cyril Hanouna : était-il judicieux de le censurer ? Au contraire, ses dérapages à l’écran permettaient de soulever le débat, sur des questions fondamentales comme le consentement ou l’homosexualité.

Ces séquences « choc » nous permettent aussi de poser des mots sur des réalités qu’on évite de nommer, par excès de pudibonderie. En effet, à l’inverse, imaginons une société policée, où les discours sont convenus, et les attitudes sont choisies : ce serait un retour en arrière dans l’histoire, et un enfermement de la parole, comme le théâtre classique en a connu. Pas de morts sur scène, pas de violence, tout doit être cadré : et à la fin, on obtient un discours qui n’a rien de vrai.

Elles constituent enfin une porte d’entrée de l’éducation. Elles peuvent servir de tremplin aux adultes pour transmettre leurs valeurs personnelles aux enfants. A charge bien sûr, en tant qu’adulte, de rester attentif aux diverses interrogations des plus jeunes, d’être prévenant, et d’expliciter les mots employés.

Et puis, finalement, prenons l’habitude de ne pas appeler le CSA à chaque fois que quelque chose nous indispose ; à l’ère du tout numérique, si l’on veut censurer une émission ou un artiste, prenons tout simplement la télécommande, et changeons de chaîne.

Article & Photo : Marie Pomme, ©Nicolas Alejandro