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Comment juger Abdelkader Merah ?

Il y a des affaires judiciaires qui secouent l’opinion publique, des affaires judiciaires qui mutent en débat de société. Celle du procès d’Abdelkader Merah en est une. Les éléments à charge étant insuffisants pour le déclarer complice des sept assassinats commis par son frère en 2012, Abdelkader Merah ne sera pas condamné à perpétuité.

Serait-il alors innocent dès lors que sa culpabilité ne peut être prouvée ? Condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste et vol d’un scooter, l’homme qui a gardé un visage impassible durant les cinq semaines de procès sort ce jeudi 2 novembre le sourire aux lèvres. Les passions se déchainent alors, la mère d’une victime déclare que « son fils est mort pour rien ».

Pour les familles des victimes, cette justice est frustrante, difficile à admettre. Le légal est-il ici légitime ? Dans ce procès deux camps. Celui des victimes, du chagrin de leurs familles, de la symbolique forte de la lutte contre le terrorisme qu’il y a derrière ce crime. En effet, plus qu’Abdelkader Merah, le terrorisme, est lui, le réel homme à abattre. De l’autre, Eric Dupont Moretti, avocat du prévenu, qui voit dans ce procès un autre ennemi, l’opinion publique, qu’il qualifie ici de « prostituée qui tire l’avocat par la manche ».

A ses yeux, la justice a été rendue conformément au droit. Le droit ne s’est pas laissé pervertir par l’opinion publique, pas laissé emporter par l’immense chagrin des familles victimes. Il est resté « hermétique », défendant une justice qui juge les faits et non les intentions. Cette conception in abstracto du droit, qui se défait de tout pathos, de toute passion, peut paraitre dure et inflexible mais elle permet de juger chaque homme à l’aune du droit et seulement du droit.

A.Merah ne doit pas, au nom de l’atrocité du crime qu’il répresente, être condamné plus sévèrement que les preuves contre lui ne le permettent. Il ne s’agit alors pas de défendre l’indéfendable mais de dépassionner le procès afin d’assurer l’objectivité du droit. En effet, bien des affaires judiciaires secouent l’opinion publique, mais seul le droit peut les juger.