Jeunesses et politique

« On est pas sérieux, quand on a 17 ans », écrit Arthur Rimbaud un an avant sa brûlante passion pour la Commune de Paris. Moins d’un siècle plus tard, dans cette même ville, un jeune étudiant est encadré par des CRS. Les cheveux en bataille, il regarde de ses yeux noirs l’objectif d’un appareil photo. Du sommet de son crâne s’écoule un ruisselet de sang, allant des joues encore imberbes vers les lèvres, de l’arcade sourcilière au bas du nez. Visage juvénile divisé : une part angélique et baignée d’innocence, une autre déjà ensanglantée par quelques combats de la vie. Et toujours ce regard ferme et sévère, inquisiteur et convaincu, qui, malgré la plaie et le tumulte, vous dit : « Et toi, pendant ma lutte, que fais-tu ? ». Nous étions en mai 68.

Que reste-t-il aujourd’hui de notre jeunesse en politique ? La jeunesse n’en aurait-elle « plus rien à faire, plus rien à foutre » (B. Teinturier) ? Et ne devrions-nous pas plutôt parler de jeunesses et non plus d’une jeunesse : celle des héritiers et celle déshéritée, celle pour qui des droits politiques supplémentaires ne sont plus un besoin, et celle pour qui des droits politiques manquent sans qu’elle ose en réclamer ? Alors qui aujourd’hui fera l’éternel pied-de-nez qui dérange ?

A une époque où la confiance manque même en sa propre relève, il est bon de dire : non ! la jeunesse n’a pas quitté la politique. Elle l’a réinvestie. Mais que l’on s’entende. Si la politique se résume au carton de vote, alors oui, peut-être, la jeunesse se fait la belle (57% d’abstention aux élections municipales de 2014). Mais si vous reprenez l’étymologie même du mot  »politique », l’acte citoyen de prendre part et intérêt à toute affaire de la cité, et donc à la vie en société, alors non ! les jeunes font toujours de la politique. Elle est citoyenne et solidaire, engagée dans la vie associative (35% des 18-30 ans, selon une étude du CREDOC en 2016) ou dans un service civique (85 000 volontaires ont effectué une mission depuis 2010). Reste qu’il faut redonner une vision positive de l’avenir pour une jeunesse marginalisée, voire discriminée. Les jeunes sont là. Les politiques le sont-ils ?

Car les mêmes qui s’inquiètent de l’abstention des jeunes devraient examiner les propositions faites à la jeunesse par les candidats à la présidentielle. La jeunesse est un bienfait démocratique à qui sait la considérer.