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Indépendance catalane : une chimère politique ?

Aux tergiversations politiques et décisions idéologiques du gouvernement de Puigdemont, Madrid a répondu par la légalité constitutionnelle en appliquant l’article 155. Souveraineté populaire catalane et légalité constitutionnelle espagnole seraient-elles donc deux réalités inconciliables ?

De la mise sous tutelle de la région à la destitution de Puigdemont, les décisions du gouvernement de Rajoy ont été perçues par la catalogne comme « punitives » et viennent heurter des mémoires encore marquées par la dictature franquiste. Le référendum sur l’indépendance, organisé par la catalogne mais non reconnu légalement par l’Espagne témoigne parfaitement de ces deux visions antagonistes : d’un côté, la vision indépendantiste quelque peu « court termiste » d’une partie de la catalogne qui tire sa légitimité dans la souveraineté populaire ; de l’autre, Rajoy, fils de magistrat, qui défend une conception juridique de l’état fondée sur la constitution de 1978.

Pour Barcelone, l’interdiction de voter son indépendance a été perçue comme anti démocratique, ressentie comme une censure de la parole publique. Le référendum, étant le symbole même de la démocratie participative, personne n’aime voir les images d’un peuple qu’on empêche de s’exprimer. Mais la démocratie est-elle uniquement la parole d’une partie du peuple ? Peut-elle réellement se concevoir sans fondement juridique ? Selon la conception française de l’Etat nation cela ne peut être envisageable. La démocratie se fonde sur une constitution, elle-même votée par le peuple. La légalité imposée par Madrid ne serait alors pas dépourvue de légitimité populaire. En ce sens, le peuple ne devrait-il pas appliquer les lois qu’il a lui même voté ? C’est là le vrai fondement de la démocratie représentative.

Nous ne pouvons pas alors ici opposer un peuple qui s’exprime à un peuple qui applique la loi. Mais le peuple qui s’exprime doit le faire au regard de la loi. Que vaut sinon ce référendum ? Que vaudrait la décision du parlement de l’indépendance catalane si celle ci n’est pas reconnue juridiquement ? L’Espagne ne serait alors plus aujourd’hui une nation au sens où l’entend Ernest Renan d’un « vouloir-vivre ensemble ».