GPA : Ce combat aurait dû être de gauche ?

Le 16 juin marquait le grand retour de la Manif pour Tous, engagée dans un nouveau combat : la gestation pour autrui (GPA). Elle soutenait deux propositions de loi déposées respectivement par les députés LR Valérie Boyer et Philippe Gosselin. La première vise à lutter contre le recours à une mère porteuse, quand le second propose de constitutionnaliser le principe d’indisponibilité du corps humain. Même si elle n’a pas su faire obstacle à la loi Taubira ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, « la victoire de la Manif pour Tous, a posteriori, est là : les ambitions sociétales, que porte traditionnellement la gauche, sont au congélateur », expliquait Erwann Binet, le rapporteur de la loi Taubira, dans Marianne.

Au commencement était Michel Foucault

Là où Erwann Binet se trompe lourdement, c’est quand il estime que la gauche porte traditionnellement une mesure comme la GPA, qui est en réalité une marchandisation intolérable du corps de la femme. Depuis quand la gauche est-elle libérale, avons-nous envie de demander à Binet ? L’illusion n’est pas permise : la GPA symbolise la synthèse libérale-libertaire dans tout ce qu’elle a de détestable et de destructrice. Cette synthèse post Mai 68 fut souhaitée de tout cœur par Michel Foucault, philosophe de la subversion par excellence. Le premier, il a vu ce qu’offrait le néolibéralisme, tel qu’il était présenté par Hayek, Becker ou Von Mises : la multiplicité, ou comme l’écrit François Bousquet : « l’avènement d’une société où les singularités dans leur (in)différence inimitable triompheraient du collectif – les majorités ». En ce sens, le libéral-libertaire signe la mort du socialisme comme philosophie politique, laissant triompher l’individualisme, soumis aux seuls règles du marché – le projet néolibéral d’« instituer une véritable marchandisation de la société » serait achevé.

Marion Maréchal-Le Pen ne dit pas autre chose quand elle dénonce lors d’une intervention à l’Assemblée la GPA, ou « quand les libertaires d’extrême-gauche deviennent les alliés objectifs du capitalisme le plus immoral ». La Manif pour Tous n’a pas l’exclusivité de la lutte contre la GPA puisque des personnalités vraiment de gauche, anticapitalistes, comme les trois personnalités de gauche – pas vraiment réactionnaires – que sont Marie-Jo Bonnet, Joseph Brussan, Marie-Anne Frison-Roche, dans une tribune pour Libération. En juillet 2014, une lettre ouverte à François Hollande avait également fait grand bruit. Il faut dire qu’elle était co-signée par une centaine d’éminentes personnalités, dont la communiste Marie-George Buffet, la philosophe Sylviane Agacinski, les anciens ministres Jacques Delors et Lionel Jospin, le politologue Laurent Bouvet, l’écologiste José Bové ou encore la « star des bébés éprouvettes », René Frydman. Qui a dit que la GPA était de gauche ?

Et pourtant, malgré les promesses de Manuel Valls de restreindre la GPA, il n’est pas difficile d’aller « acheter » un enfant aux Etats-Unis et de revenir en France avec, depuis la « circulaire Taubira ». Gabrielle Cluzel, interviewée par le blog de lycéens Le Prisme raconte ainsi :

En avril 2013, je me suis fait passer pour une cliente potentielle auprès de l’entreprise américaine CTFertility, pourvoyeuse de mères porteuses, lors de l’un de ses déplacements «commerciaux» à Paris. Dans l’hôtel 4 étoiles au cœur du quartier latin, entre SPA et décoration design où étaient reçus les clients potentiels, l’avocate américaine tout sourire qui accompagnait le médecin pour répondre aux questions juridiques a été affirmative : aucun problème, une fois le bébé né aux États-Unis, pour le faire revenir en France où la GPA est encore théoriquement illégale… grâce à la circulaire Taubira ! Une GPA dont on m’a dit aussi qu’elle coûterait au bas mot 100 000 dollars. Mais attention, pour un service « premium » : une porteuse jeune et en pleine santé, ayant déjà eu des enfants mais jamais de fausse-couche. On m’a vanté ses qualités comme on m’aurait fait l’article d’une pouliche sur un foirail en tapant sur ses flancs et en soulevant ses gencives pour me montrer ses dents.

A n’en pas douter, la GPA – même euphémisée par les adjectifs trompeurs « altruiste » ou « éthique » – ne serait rien d’autre que le retour de l’esclavage, masqué par une apparente bienveillance envers les couples infertiles. Ne vous y trompez pas !

Pour se renseigner sur la GPA (et mieux la combattre) : 

Mon article : GPA : l’étrange alliance des féministes et des libertaires, pour comprendre pourquoi certaines néoféministes défendent la marchandisation du corps de la femme.

La tribune de la sexologue Anne-Sixtine Perardel : PMA pour toutes et GPA «altruiste» au Portugal : l’internationalisation du business de l’enfant ?

L’interview de la féministe historique Marie-Jo Bonnet, fondatrice des « Gouines rouges », dans Le Figaro, très clair sur les impasses de la GPA éthique : « Il n’y a pas de GPA éthique. Les enfants ne peuvent être un produit d’échange, ce sont des êtres humains. On ne peut pas donner son enfant. Ce n’est pas un progrès, c’est une régression. Tuer la mère, c’est même LA régression. »