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Flexibilité, je (dé)crie ton nom

À priori, le mot « flexibilité » renvoie plutôt à de lointains souvenirs de cours de gymnastique, sur fond de cheval d’arçon et de tapis de sol. Du latin flexibilitas, atis, lui-même issu de flexus, us, le terme désigne l’action de courber, ployer ; plus anecdotique, c’est également le tournant dans l’arène lors de la course de chars. Enfin, flexus s’emploie comme adjectif afin de décrire tout objet sinueux ou courbé.

La flexibilité est essentiellement une caractéristique chez les objets ; par exemple la souplesse du roseau n’est plus à démontrer depuis La Fontaine. Chez l’homme, la flexibilité est souvent associée à l’hyperplasie, et moralement parlant, à un caractère prompt à l’adaptation et au changement. Il faut attendre le XXe siècle et l’omnipotence progressive du néolibéralisme, pour voir apparaître le mot dans les théories socio-économiques, et notamment dans les écrits de l’économiste anglais John Keynes. La flexibilité est un mot-clé de l’actuelle Loi travail II : elle joue sur les effectifs bien sûr, mais également sur les salaires, et la fonction du salarié.

En d’autres termes, le potentiel de force du travailleur devient réellement une capacité anonyme ; il ne vend plus son savoir-faire, ne met plus en valeur tel diplôme ou telle formation. Le travailleur moderne est un petit rouage passe-partout, interchangeable, parfaitement soumis aux nécessités de son employeur, dont la précarité institutionnalisée dépend entièrement des fluctuations du marché. Ses droits et ses prétentions sont réduits au strict minimum, toute protestation de sa part étant considérée comme une atteinte à la pérennité dudit marché.

Or, nous ne sommes pas des roseaux. Face à la flexibilité, opposons donc le principe d’indocilité. L’indocile, c’est celui qui ne peut être instruit (indocilitas). Refusons les illusions de la doxa économique. Le capitalisme est un système foncièrement destructeur, car sa recherche du profit ne peut être assouvie ou régulée. En France comme ailleurs, il est plus que jamais nécessaire de lutter contre les inégalités actuelles et à venir.