Le Fil d'Actu : « Du côté de ceux qui prennent les coups »

Le Fil d’Actu : « Du côté de ceux qui prennent les coups »

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Comment vous est venu l’idée ?

Le Fil d’Actu est né d’une envie commune. On en avait marre de voir la manière dont les médias traditionnels couvraient l’actualité, en la réduisant à des faits isolés, sans lien entre eux. On avait envie d’un journal qui mette davantage en perspective les évènements et permette de mieux comprendre les enjeux à l’œuvre. Comme aucun de nous dans l’équipe n’a eu de formation de journaliste, on a appris sur le tas, au fil des épisodes, et construit avec les moyens du bord le journal qu’on aurait voulu voir, en lien avec ce qu’on vit au quotidien.

Qui se cache en coulisses dans la réalisation de vos épisodes Youtube ?

Il y a grosso modo 4 personnes qui écrivent l’émission et 4 personnes qui s’occupent de la technique (réalisation et montage). Si les rôles de chacun sont plus ou moins définis, nous souhaitons être un maximum polyvalents, pour pallier une absence ou développer de nouvelles émissions. On tient aussi beaucoup à discuter du choix des sujets tous ensemble. Il n’y a pas une personne qui décide pour les autres. C’est essentiel pour créer un journal cohérent à chaque étape de fabrication. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, nous avons filmé une Foire aux Questions où on répond aux principales interrogations des internautes.

Sentez-vous un engouement autour de votre projet ?

L’avantage avec Internet, c’est que nous avons un contact direct avec une partie du public. Nous avons leurs réactions en temps réel. Cela nous a permis de constater assez vite que le Fil d’Actu suscitait un réel intérêt, « parlait » aux gens. Nous sommes très attentifs à leurs retours et essayons d’y répondre quand cela nous semble pertinent de le faire. L’émission a beaucoup évolué depuis son 1er épisode, en partie grâce aux commentaires que postent les internautes.

Pensez-vous que les grands médias télévisuels traditionnels vont disparaître au profit d’initiatives telles que la vôtre ?

Cela nous parait peu probable. Nous n’avons clairement pas les mêmes moyens qu’eux. De plus, la télévision et la radio tiennent encore une place importante chez les gens qui sont nés dans un monde où Internet n’existait pas, même si c’est en train de changer avec le temps. Les possibilités nouvelles qu’offrent la technologie ont fait évoluer nos usages des médias. Cela a changé la manière pour les vidéastes de créer du contenu et pour le public de le consulter. Internet est devenu le lieu idéal pour créer, voir et financer soi-même du contenu original, affranchi des contraintes qu’exigent les médias traditionnels. Ce qui fait une grosse différence et explique le succès de certains contenus sur Internet, créés par et pour les gens, de façon très horizontale.

Votre diagnostic sur les liens entre la politique et les médias dominants ?

La connivence entre les politiques et les médias a toujours existé. Il est clair que l’influence grandissante de la finance n’a fait qu’accentuer le phénomène jusqu’à la caricature qu’incarne aujourd’hui Bolloré. Ça n’a pas que des effets négatifs. La méfiance de la population envers les médias s’accentue, elle aussi. Les gens ne sont pas dupes du discours dominant. Ils voient bien que les politiques ne répondent pas à leurs préoccupations premières, qui relèvent pourtant du simple bon sens. Nous tentons d’y répondre avec nos modestes moyens dans le Fil d’Actu.

Êtes-vous marqué politiquement ?

Tout dépend de ce que l’on entend par là. Le clivage gauche-droite fait-il encore sens pour la majorité, quand chacun met ce qui l’arrange derrière ? Quand un président « de gauche » accorde des crédits d’impôts à une poignée de privilégiés sans exiger la moindre contrepartie pour la population ? Quand la finance gouverne le monde, au détriment de la très large majorité des gens ? Si on devait se situer politiquement, ce serait plus à ce niveau-là. Du côté de ceux qui prennent les coups plutôt que des quelques uns qui les portent, tout en restant bien assis dans des fauteuils de conseils d’administration ou de cabinets ministériels. Peu importe leur « couleur » politique.

Quel est votre constat sur notre situation politique actuelle ?

Difficile de dresser une situation politique en quelques mots, d’autant que nous n’avons pas forcément tous le même avis dans l’équipe. Mais il nous parait évident que les choses ne fonctionnent pas comme elles le devraient. Face au chaos général, chacun développe sa propre stratégie de survie. Mais les gens se posent de plus en plus de questions sur comment agir, changer les choses, malgré les appels réguliers à la résignation. C’est plutôt encourageant pour la suite, même si comme tout changement de fond, ça s’inscrit sur la durée.

Projets, évolutions futures ?

Nous avons lancé à l’occasion de cette deuxième saison un financement participatif, qui permet aux gens de nous aider à pérenniser l’émission et en développer de nouvelles. On espère annoncer du nouveau contenu dès janvier, mais c’est encore en pleine gestation. Les choses se mettent en place, petit à petit. On y verra plus clair dans quelques semaines.