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Féminisme, technocapitalisme et liberté

Le féminisme a fait de la sacro-sainte contraception le symbole de l’émancipation de la femme. A ce titre, critiquer ou même questionner la contraception est passible de lynchage, sous prétexte que ce serait vouloir le retour du patriarcat. Pourtant, il se pourrait bien qu’en voyant des résidus du patriarcat un peu partout, ces féministes se trompent de combat ne saisissant pas que le nouvel ennemi de la femme est ailleurs, dans le technocapitalisme de la Silicon Valley par exemple.

Ainsi la philosophe féministe Beatriz Preciado, disciple de Butler et Foucault, explique dans « Biopolitique à l’ère du capitalisme pharmacopornographique » que « l’industrie pharmaceutique et l’industrie audiovisuelle du sexe sont les deux piliers sur lesquels s’appuie le biocapitalisme contemporain, les deux tentacules d’un circuit intégré gigantesque et visqueux. Voici le pharmacoporno-programme de la seconde moitié du XXe siècle : contrôler la sexualité des corps codifiés comme femmes et faire éjaculer les corps codifiés comme hommes », soit en résumé « la pilule et Playboy ». Laissons de côté la question pornographique et étudions le processus proprement biopolitique de contrôle du corps féminin par le technocapitalisme. Sous couvert de santé publique, une nouvelle mise sous tutelle du corps féminin s’effectue par les grandes firmes multinationales. La contraception chimique est ainsi devenue un business très lucratif, tirant sa légitimité de la science – car on sait depuis Foucault que les nouvelles formes de domination s’appuient sur un savoir-pouvoir, en l’occurrence le contrôle des corps par la science, et notamment de la sexualité par la « scientia sexualis ».

Il ne peut que sembler paradoxal que la « troisième vague » féministe continue de placer la contraception en dehors de tout débat ou contestation. Derrière la contraception, se tient un « capitalisme pharmacopornographique », se chargeant de contrôler les corps pour s’assurer une rente immense. Comme émancipation, on peut trouver mieux. Où l’on voit, d’une part, que technocapitalisme et féminisme ne font pas toujours bon ménage, et d’autre part, que la contraception chimique n’est pas absolument un gage de liberté.