D’où vient l’identité nationale ?

Par le flou dont elle se drape, l’identité nationale s’est hissée dans chacun des creux du silence, dans chaque virgule des débats politiques et dans chaque souffle de la scène publique. Elle oscille entre, pour les uns, vision chimérique et, pour les autres, fondement de nos peuples. Le débat actuel a pris en otage sa définition pour la biberonner au patriotisme, à la nation, pour la ligaturer à l’unité quitte à la confondre avec l’unicité. Si elle est aujourd’hui engluée dans une maladie de la différence, pour parler comme Casamayor, elle a en réalité navigué au gré des enjeux électoraux jusqu’à inonder les discours, au risque de noyer le débat.

C’est d’abord François Mitterrand qui la brandira comme une arme électorale pour tenter d’arracher la culture à l’extrême gauche (où Sartre notamment l’a placé) et dénoncer l’américanisme de Giscard d’Estaing. Le futur président tisse le nouveau projet de la gauche à mesure qu’il dresse le Parti Socialiste. La culture sera l’essence de la France, son identité. Dès lors, défendre la culture française, c’est défendre l’identité française. Mais c’est une culture plurielle, métissée et ouverte. Mitterrand ressuscite le patriotisme de Jaurès et l’imbibe d’un discours culturel. Le patriotisme mitterrandien n’est pas nationaliste et sa culture n’est pas unie, c’est une mosaïque. Si aujourd’hui la tonalité de l’écho que provoque l’identité nationale a changé, c’est qu’elle a mué.

Une décennie plus tard, la droite, qui n’avait pas inscrit la culture dans son projet politique, mesure le potentiel électoral de ces conceptions et, appâtée par la popularité qui en émane, s’en saisira à son tour. Et ce, parce qu’elle y décèle une logique nationale sur la base de laquelle elle posera son armement identitaire pour contre-attaquer la gauche. Dès lors, l’identité française n’est plus, dans les consciences, la mosaïque multiculturelle dépeinte par la gauche mais un fonds national oublié que la droite se chargerait, dans une croisade morale et identitaire, d’actualiser. Celui qui irait contre cette idée serait considéré par cette frange politique comme un ennemi de la culture française. Perception dont nos débats ont hérité.