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La difficile cohérence du discours et des actes

Comme c’est agréable d’appartenir au camp du Bien. Et rassurant aussi. On a l’impression d’être élu. Il faut dire que le ticket d’entrée s’obtient pour des clopinettes, il suffit de produire un discours. Mais il est beaucoup plus exigeant de joindre la parole aux actes quotidiennement.

Fustiger l’ubérisation ? Alors il faudra poliment décliner quand des proches proposeront à l’unisson de se faire livrer des sushis par un livreur en sueur Foodora en prévision de France-Bulgarie. Plus difficile, il faudra également refuser, par une douce nuit ventée de Février au sortir d’une soirée, de rentrer chez soi en Uber avec des amis à 5h du matin. Décrier le retour du travail à la tâche ? Cela ferait pourtant drôlement du bien au compte en banque ces petites missions pour étudiant reçues par sms. Exécrer les actionnaires ? Évidemment, tant pis si l’on réalise que l’on en est un soi-même, indirectement certes, à travers l’assurance-vie qui ronronne au chaud à la banque. Manger bio et local ? Ah oui. Cent fois oui. Mais quand même, il est bien pratique ce Monoprix au coin de la rue. Songeons aussi à ces autres contraintes que certains s’imposent et parfois imposent (chacun jugera de leur pertinence) : végétarisme, véganisme, écriture inclusive, etc.

Dès lors, la cohérence du discours et des actes semble réservée à une poignée d’individus. Pour y remédier, on peut souhaiter que ces derniers continuent de professer un catéchisme moralisateur, pesant lourdement à chaque instant de nos vies.

On peut aussi admettre, comme le disait Georges Orwell dans ses Quelques réflexions sur le crapaud ordinaire, que « tout le plaisir pris dans le processus même de la vie encourage une sorte de quiétisme politique ». Ce qui n’est en rien un encouragement à être dans la répétition des erreurs ou dans le déni. On peut enfin regarder avec bienveillance celui ou celle qui rougit légèrement en pensant à ses propres faiblesses face aux structures économiques et sociales qui l’entourent. Et espérer que dans cet afflux sanguin au niveau des joues réside en partie l’espoir du changement.