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Des maux à demi-mots

Le Français est une langue d’une extraordinaire richesse. Elle s’est construite sur une variante de la langue d’oïl et, elle fût en partie codifiée par des intellectuels.
Elle est aujourd’hui parlée sur tous les continents par plus de 200 millions de personnes dans plus de 57 pays de manière officielle.

Alors pourquoi assiste-t-on à de subtiles mais dangereuses manipulations sémantiques ? ce fût au début, en apparence, sans grand danger. La société des bien-pensants nous a invité à ne plus dire aveugle, mais non voyant, puis malvoyant. Aujourd’hui, les médias, qui sont aux mains d’immenses empires financiers, nous parlent d’optimisations fiscales. Remettons les mots exacts sur ce concept. Quand une entreprise, quelle qu’elle soit, fait des milliards de bénéfices, en utilisant les infrastructures, l’éducation, l’assurance maladie d’un pays, et qu’elle s’organise pour ne contribuer qu’à une infime partie de son fonctionnement, cela est du vol, purement et simplement.

De la même manière, lorsque les médias, nous « informent » des mouvements sociaux, il n’est plus question de manifestants, mais de casseurs, de terroristes, de prises d’otages. L’emploi d’une sémantique guerrière n’est pas un hasard…

Encore un exemple ? aujourd’hui, dans sa grande mansuétude, quand une holding ferme un site de production insuffisamment rentable, on ne parle plus de licenciements, mais d’un plan de sauvegarde de l’emploi. Sauvegarde de l’emploi ? que nenni. Les salariés concernés sont virés, point final ! Et toute la rhétorique du monde ne changera pas les faits.

Les mots ont un sens, et en Français particulièrement, je dirai même un sens très précis. Procéder à ces substitutions est un acte délibéré qui permet deux choses :

La première assez évidente, masquer une réalité qui dérange. Si de manière systématique vous évoquez des faits négatifs avec des termes positifs, vous en atténuez l’impact. Une méthode Coué appliquée au langage en quelque sorte…

L’autre aspect de cette grande mystification, est de priver la population d’instruments essentiels pour penser : les mots. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, pour construire sa pensée, il faut en priorité des mots. Ensuite, et seulement ensuite, on structure sa pensée. Franck Lepage explique cela très bien, et avec beaucoup d’humour. Si vous n’entendez plus parler de licenciements, mais que de manière systématique, on vous parle d’un plan de sauvegarde de l’emploi, vous ne pouvez plus percevoir, tout le coté odieux et honteux d’un grand capital qui met tout en œuvre pour maximiser ses profits. Au contraire, vous ressentez même l’aspect paternaliste des choses, étant donné que l’on essaie de sauvegarder l’emploi. Et progressivement, on enlève toute légitimité aux salariés de se révolter, puisqu’au contraire de les exploiter, on a fait le maximum pour eux.

Ne nous laissons plus abuser par la rhétorique sournoise et insidieuse de cette oligarchie insatiable. Employons les mots adéquats, délectons nous de bons mots, de beaux mots. Il en va de notre capacité de penser. Quand nous n’aurons même plus la faculté de conceptualiser le monde qui nous entoure, alors, ce jour-là, une partie de l’humanité sera morte.