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Décroissant ou réactionnaire ?

Face à l’industrialisation s’est développée une critique qui considère que la croissance apporte plus de désagréments que de bienfaits. Trois éléments sont particulièrement bouleversés : l’économie, le travail et l’environnement.

Pour croître économiquement il faut produire toujours plus que par le passé, aussi l’économie est-elle contrainte à innover en permanence, ce qui cause des défaillances : la crise de 2008 était liée à un placement novateur : les subprimes. Le travail, lui, est déshumanisé, des Temps modernes de 1936 à l’ubérisation des années 2010. Enfin la critique écologique est peut-être la plus évidente : il est absurde de rechercher une croissance illimitée dans un monde aux ressources limitées. La décroissance n’est pas qu’une critique intellectuelle, c’est aussi un mode de vie : celui de la simplicité volontaire. Le refus des innovations technologiques parce qu’on sait quel est leur coût : vivre sans smartphone voire sans portable, ne pas prendre l’avion voire ne pas avoir de voiture.

Si l’on peut être tenté de classer la décroissance à gauche on découvre en observant le programme des candidats à la présidentielle, une vision commune à tous les partis : le progrès passerait nécessairement par la croissance. Mais la décroissance n’échappe pas plus au clivage gauche/droite que le programme d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui très peu de figures médiatiques représentent ce courant et bien souvent leur positionnement est très à droite. C’est le cas d’Alain Finkielkraut qui revendique de vivre sans Internet ni ordinateur, de Natacha Polony qui évoque souvent le sujet ou d’Eugénie Bastié, rédactrice en chef d’une revue ultraconservatrice et décroissante. En réalité la décroissance est une dimension de plus à prendre en compte dans les représentations politiques.

Là où la décroissance de droite s’oppose au progrès social, la décroissance de gauche le promeut tout en rejetant le progrès technique. La surreprésentation des décroissants réactionnaires sur les décroissants de gauche dans les médias risque de faire passer l’ensemble pour une idée d’extrême droite, aussi est-il urgent pour la gauche de s’emparer médiatiquement du sujet avant qu’il ne lui échappe.