« Le débat ne fera pas tout »

Les débats, les tables-rondes, l’invité spécial de la matinale …
J-40, J-34, assez, assez.

En quoi quelques heures de pseudo-discussion, toujours de bon ton, rarement incisives, vont-elles me décider à me prononcer sur l’individu sensé porter sur ses épaules, tel un Atlas politique, le destin économique, social et diplomatique du pays pour les cinq prochaines années ?

Déjà, voyez l’absurdité du concept : tout faire reposer sur une même personne, sans même savoir quelle serait la composition du gouvernement. Avez-vous remarqué cette chasse vorace aux portefeuilles à chaque victoire présidentielle ? Un peu comme si les All Blacks s’y prenaient le jour même du match pour constituer leur équipe et attaquer l’entraînement. Débat ou pas débat, j’accorderais déjà davantage de crédit au discours d’un candidat si je savais qui serait mon ministre de l’Economie, de l’Intérieur, de la Santé, quelles équipes les suivraient, et pourquoi ces choix.

Par ailleurs, une interview, aussi longue soit-elle, ne me convaincra jamais assez de l’efficacité d’un programme si celui-ci surgit deux mois avant un scrutin. Enfin tout de même, il s’agit de gérer les impôts, la retraite et l’éducation de 66 millions de personnes pendant cinq années consécutives.

Qu’est-ce qu’un électeur indécis ? Rien de plus qu’une étiquette vaste et vague, regroupant les prudents qui ont réalisé que le paysage politique était un peu trop peuplé de ruffians, et les traditionnels abstentionnistes, qui eux ne se font d’illusions sur rien. L’électeur indécis, c’est un euphémisme ; méfiant serait plus pertinent. En outre, croire qu’on puisse se convaincre de rejoindre telle ou telle figure après avoir assisté à un combat de coqs trois jours avant de se rendre aux urnes, c’est une insulte à la notion de citoyenneté.

Arrêtons d’espérer chez les candidats une quelconque révélation messianique. L’indécision ou l’abstentionnisme ne sont pas des situations tragiques ex-nihilo. Ils sont le résultat d’une lassitude générale dans toutes les couches de la population, face au manque d’implication d’une classe politique se reproduisant en autarcie et baignant dans l’impunité.