De l’urgence de construire une alternative

Si l’on en croit le philosophe Jean-Claude Michéa nous vivons aujourd’hui la reconstitution de l’unité du libéralisme, dans ses deux composantes, économique et culturel : reconstitution incarnée par Emmanuel Macron, libéral intégral. Nouveau venu sur la scène politique, ce dernier constitue un certain renouvellement de la vie politique, comme disent les politologues à la mode. Les élections législatives ont effectivement amené à l’Assemblée nationale nombre de nouvelles têtes, souvent issues de ce qu’on appelle pompeusement la société civile et dont la qualité est forte inégale. Mais ce renouvellement des personnes masque une persistance des idées, il n’est rien de moins qu’une alternance sans alternative.

Loin du progressisme et de la révolution qu’il affichait de manière un peu ridicule en guise de titre de son livre-manifeste, le macronisme est un présentisme. En bon libéral, il disqualifie toute dissidence, toute critique du présent comme réactionnaire, alors même que la construction d’un avenir requiert une analyse exacte et critique du réel. En érigeant le présent en norme, dédaignant le passé, Macron nous promet de répéter à l’avenir les mêmes erreurs : productivisme anti-écologique, consumérisme de masse, destruction du lien social, primat de l’économique sur le politique.

Le drame est que ces constances de l’idéologie libérale sont partagées tant par LR que par Macron, reléguant par là leur critique aux extrêmes d’un échiquier politique, en décalage croissant avec la réalité des clivages actuels. Ainsi, alors que culturellement les idées anti-mondialisation et technocritiques sont majoritaires en France, elles sont incapables de se réaliser politiquement, faute d’union.

Or, face au capitalisme, il est urgent que les antilibéraux discutent, malgré les divergences. La priorité est au combat politique, lequel est trop souvent pollué par les a priori des deux camps. Car que sert d’accuser les frontistes de fascisme et les insoumis de gauchisme quand l’ennemi capitaliste commun étend toujours plus loin son emprise sur nos modes de vie, sur nos corps et sur nos esprits, menaçant par là notre humanité même ?

Article & Photo : Elie Collin, ©E.Egbert