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De la démocratie aux démocraties possibles

Aujourd’hui, certains français refusent d’exercer leur citoyenneté en votant. Aux dernières élections, le nombre n’est pas passé inaperçu : 51, 3 % d’abstention au premier tour des législatives. On ne peut plus se le cacher ; l’abstention ne cesse de croître d’élection en élection. Parallèlement, le nombre des non-inscrits aussi : on les estime à 3 ou 4 millions en 2017. La démocratie de notre République serait en crise, voire en échec.

La Première République fut celle de la démocratie censitaire ; la Seconde République fut celle du suffrage universel masculin ; la Quatrième fut celle du (vrai) suffrage universel. La V° République serait-elle, pour sa part, la République des abstentionnistes ?

L’habitude nous fait dire que nous vivons en démocratie, mais selon Aude Lancelin, il s’agirait bien d’avantage « d’une sorte d’oligarchie consentie, distraitement réitérée à échéance fixe par le vote ». Les urnes (à moitié vide) parlent d’elles-mêmes : peut-on poursuivre dans cette démocratie ?

Depuis quelques temps déjà, la France aspire, comme tant d’autres pays, à une refondation démocratique. A la suite de Rousseau, dans Du Contrat social, certains imaginent une démocratie directe avec des députés au « mandat impératif », et non plus représentatif (interdit par ailleurs par l’article 27 de notre Constitution). C’est la philosophie du collectif citoyen #MaVoix, ou des nouveaux outils Civic Tech, par exemple. A cette idée, certains y adjoignent le tirage au sort car « le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie » (Montesquieu, De l’esprit des lois). Les idées ne manquent pas.

L’habitude nous fait penser qu’il n’existe qu’une seule démocratie, la nôtre. Pourtant, à une époque où le citoyen est plus instruit, qu’il dispose du savoir directement « dans sa poche, sous le mouchoir » (Michel Serres), et d’informations en (sur)abondance, ne serait-il pas légitime de ré-inventer notre manière de faire de la politique ? A une époque où la démocratie ne se légitime plus par les urnes, et qu’il devient choquant de la limiter à l’expression de la rue, ne serait-il pas temps de la pratiquer autrement ?