CETA : qui va là ?

AECG ou CETA, en français ou anglais, les acronymes ne nous disent pas grand chose et font pourtant beaucoup de bruit. Derrière ces quatre lettres, l’Accord Economique et Commercial Global. Un traité visant à favoriser les échanges de produits et de services entre le Canada et l’Union européenne. Il entre en application « provisoire » ce 21 septembre.

Si ce traité engendre des remous suffisants pour faire tanguer le navire social, c’est qu’il ne s’attaque pas uniquement aux barrières tarifaires. Les normes sociales, environnementales et sanitaires aussi ressentent l’agitation de la houle. Alors que les rapports hurlent à l’urgence climatique, l’alternance qui se pose oppose le commerce à la planète. La défense de l’environnement présuppose la souveraineté de l’écologie. A cela, les libéraux répondent : le marché d’abord, le marché surtout et sur tout. Espérés mariés, l’un et l’autre se retrouvent plus que jamais opposés. Dans ce face-à-face, le CETA tranche. L’avenir économique sera libéral, ou ne sera pas.

Ses opposants, en tête desquels le rapport publié par ATTAC notamment, se lancent en guerre contre les mécanismes permettant la remise en cause des normes sanitaires et environnementales ancrées dans le « principe de précaution » de l’Union Européenne, et que le Canada ignore. De fin ultime, la précaution environnementale devient ennemie, obstacle au commerce. Les OGM et les perturbateurs endocriniens devraient encore passer des nuits bien calmes. Et si l’UE venait à prendre des mesures contraires, les multinationales seraient, grâce au CETA, en position de réclamer des compensations financières importantes.

Par ailleurs, si l’urgence climatique s’était rassurée avec l’accord de Paris, qu’elle ne s’emballe pas, le CETA l’ignore. Premièrement, en favorisant les échanges commerciaux, il favorise l’émission de gaz à effet de serre, les chiffres de la commission européenne en apportent la preuve. Deuxièmement, il favorise le commerce d’énergie fossile en libéralisant le secteur, ce à quoi le second article de l’accord de Paris s’opposait. Le renouvelable dans tout ça ? Même pas mentionné. Vous connaissez l’histoire du bucheron assis sur sa branche ?

Article & Photo : Pierre-Nicolas Baudot, ©Simone D. McCourtie