Skip to content

Accropolis : « du carburant pour son esprit critique »

Entretien avec Jean Massiet, créateur d’Accropolis (la chaîne Youtube qui décrypte en direct les séances de Questions d’actualité au Gouvernement).

11885034_992300597458298_7283850767732028238_oCommenter les séances de l’assemblée nationale, peu auraient cru que cela plairait autant, non ?

Moi justement si, j’y ai cru. Je trouve incroyable que la politique soit si triste et compliquée. Rendre la politique accessible à tous est non-seulement possible, mais c’est devenu vital à l’heure de la défiance généralisée et du recul des démocraties partout en Europe. Le succès d’Accropolis n’est donc pas étonnant, il répond parfaitement à l’attente, voire l’exigence de toute une génération qui veut se réapproprier sa citoyenneté mais à qui aucune institution ni aucun média ne parvient à s’adresser sans être rébarbatif. J’appartiens à cette même génération et, finalement, je n’ai fait que combler ce manque et créer ce que j’aimerais voir.

Vous êtes seul derrière tout ça ?

J’ai créé ce projet seul, littéralement dans ma chambre, mais il a vocation à devenir un projet collectif voire communautaire. L’ambition que j’ai pour Accropolis, c’est d’en faire la chaîne citoyenne, à côté des chaînes parlementaires et des chaînes d’info en continu. Plusieurs streams par jour comme autant d’espaces de dialogue citoyen, sympas et accessibles où l’on vient passer un bon moment et trouver du carburant pour son esprit critique. J’invite d’ailleurs toutes les personnes qui trouvent qu’une telle chaîne manque au paysage médiatique à me rejoindre pour lui donner vie !

Parlez-nous un peu de votre parcours et de cet intérêt pour la politique ?

Je viens du monde associatif où je me suis fortement engagé pendant mes études. J’ai eu des responsabilités au sein de plusieurs structures de jeunesse et d’éducation populaire avant de me diriger vers la politique. Je suis devenu collaborateur au sein des cabinets de plusieurs élu.e.s, d’abord au niveau local, puis au niveau national où j’ai été la plume de Marisol Touraine, la ministres des affaires sociales et de la santé durant un an. Finalement, j’ai eu envie de transmettre mes connaissances en revenant vers mon premier amour : l’engagement citoyen.

À force de suivre les débats de nos députés, qu’en pensez-vous ?

Plus ça va et plus je me rends compte combien ceux qui nous gouvernent sont comme nous : foncièrement humains. Tout à la fois extraordinairement volontaires et terriblement faillibles. Ils sont capables d’être pathétiques comme géniaux, parfois au cours de la même journée. Parfois, un même député peut faire un travail extraordinaire, d’une qualité et d’une sincérité remarquable, tout en se comportant comme le plus grand démagogue dans l’hémicycle. Parfois c’est l’inverse, d’excellents orateurs, justes et mesurés, s’avèrent être de piètres représentants qui cumulent les mandats et n’en rament pas une. C’est très perturbant et au final on se dit que comme partout ailleurs, il y a de tout, y compris en chacun d’eux !

Trouvez-vous que l’assemblée nationale représente justement les Français ?

« Représenter quelqu’un » est une notion ambivalente qui désigne à la fois le fait d’agir pour le compte de quelqu’un et le fait de tenir lieu de quelqu’un. Si la déception vis-à-vis de la représentativité des députés monte en France, ce n’est pas tant du fait de l’Assemblée Nationale (dont la représentativité progresse, n’en déplaise) que du du fait des citoyens qui ont évolué. La culture de la représentation est en train de disparaître au profit de la culture de la participation, de l’implication. C’est cette mutation qui rend la faible représentativité des députés insupportable alors qu’hier elle était tolérée.