A voté

Je l’avais pourtant détestée, cette campagne. Cette illusion de choix généreusement accordée au petite peuple une fois tous les 5 ans, le débat asphyxié par la nécessité de proposer les mesures les plus présidentiables et les plus « réalistes » possibles, le résultat schizophrène d’un premier tour qui faisait triompher le fils spirituel du Président le moins populaire de notre Ve république, le chantage et la culpabilisation brandie aux électeurs de gauche. Pour moi, rien ne ressemblait à une démocratie en fonctionnement et c’est plein de rancœur que j’abordais le 1er tour, entouré des fantômes de mes espoirs déçus de changement.

Je pensais connaitre mon devoir et je m’étais résolu, pour faire une nouvelle fois opposition au renouveau fasciste, à m’associer à mes concitoyens qui avaient soutenu l’héritier de ceux qui nous plongent dans cette situation, celui qui prétend nous faire aimer néolibéralisme et révolution Uber, celui en qui je ne peux m’empêcher de reconnaitre ce populisme dont les commentateurs ne cessent de se lamenter.

Vers 12h15 je me rends au bureau de vote en face de chez grognon, donc. Il n’y a plus de queue, je prends directement mes bulletins, mon enveloppe, dans l’isoloir y glisse un bulletin Macron, vote, signe, et me dirige vers la sortie en attendant mon frère qui m’accompagne. Et en participant à ce petit manège, cette petite mascarade démocratique, je ne peux m’empêcher de ressentir une pointe d’enthousiasme. Ça reste quand même beau. C’est le peuple, la société, le souverain au sens de Rousseau, c’est nous quoi, qui avec notre certitude, notre arrogance ou nos doutes, nous rendons aux urnes, allons glisser humblement notre toute petite voix, notre avis qui ne vaut rien, pour nous exprimer, pour dire notre désaccord, notre dépit, notre approbation, notre inquiétude, notre haine, notre espoir, c’est nous qui ainsi nous reconnaissons en tant que peuple, qui nous rassemblons en cette tentative éphémère de nous gouverner, c’est à dire de nous donner quelque chose de commun, quelque chose qui nous rassemble, finalement de faire société. Il nous reste quand même ça.

Une note de cet optimisme si cher à notre nouveau Président…